Médias privés en Guinée : le gouvernement durcit le ton et exige la mise en conformité
Le ministère de la Communication, de l’Économie numérique et de l’Innovation (MCENI) entend remettre de l’ordre dans le paysage médiatique privé guinéen. Au terme d’une...

Le ministère de la Communication, de l’Économie numérique et de l’Innovation (MCENI) entend remettre de l’ordre dans le paysage médiatique privé guinéen. Au terme d’une vaste mission de contrôle menée à Conakry et à l’intérieur du pays, le département annonce de nouvelles mesures pour contraindre les médias audiovisuels à se conformer aux exigences réglementaires, tout en promettant un accompagnement accru du secteur.
La situation des médias privés était au cœur d’une rencontre tenue ce vendredi 11 septembre entre le secrétaire général du MCENI, Souleymane Bah, et les responsables ainsi que les promoteurs des entreprises de presse privées.

Cette réunion a permis de restituer les principales conclusions de la mission de contrôle et de vérification conduite par la Direction nationale de la Communication et des Relations avec les Médias privés (DNCRMP), en collaboration avec le Fonds d’Appui au Développement des Médias (FADEM).
Des manquements persistants aux obligations réglementaires
La mission a notamment examiné le respect des cahiers des charges, la situation administrative des médias, les conditions de travail des journalistes et techniciens, ainsi que les difficultés économiques auxquelles sont confrontées plusieurs entreprises de presse.
Le constat dressé par les équipes de contrôle apparaît préoccupant. À l’exception des radios et télévisions ayant obtenu leur agrément au cours des deux dernières années, aucune autre radio ou télévision privée n’a procédé au renouvellement de son agrément, selon les conclusions présentées lors de la rencontre.
Autre anomalie relevée : plusieurs radios continuent de produire leurs propres programmes et d’émettre depuis des sites pour lesquels elles ne disposent pourtant que d’une autorisation de relais. Une situation qui, selon les autorités, constitue un écart par rapport aux dispositions réglementaires en vigueur.
Conditions de travail : les professionnels de la presse également concernés
Au-delà des questions administratives, la mission s’est également intéressée à la situation des travailleurs des médias.
Elle fait état, dans de nombreuses entreprises de presse, de conditions salariales jugées insuffisantes pour les journalistes et les techniciens, auxquelles s’ajoutent des conditions de travail parfois particulièrement précaires.
Ces difficultés mettent une nouvelle fois en lumière la fragilité économique d’une partie du secteur médiatique guinéen et les défis auxquels sont confrontées les entreprises de presse pour garantir à leurs employés des conditions professionnelles décentes.
Douze médias audiovisuels dans le viseur
La mission de contrôle a par ailleurs identifié douze médias audiovisuels privés ayant cessé d’émettre depuis plus de deux ans.
Cette situation pourrait avoir des conséquences administratives dans les prochains jours. Les autorités envisagent en effet le retrait des agréments des médias qui ne fonctionnent plus conformément aux textes réglementaires.

Le gouvernement entend ainsi rappeler que l’autorisation d’exercer dans le secteur audiovisuel implique également le respect d’un certain nombre d’obligations, notamment en matière de fonctionnement effectif, de conformité administrative et de respect des cahiers des charges.
Un délai accordé aux médias pour se mettre en conformité
Face à ces différents constats, le secrétaire général du MCENI a réaffirmé la nécessité pour l’ensemble des acteurs de respecter les règles qui encadrent l’exercice de la profession.
« Le respect des règles constitue une obligation pour tous les médias », a-t-il rappelé en substance, annonçant qu’un courrier sera prochainement adressé aux responsables des médias concernés.
Ce courrier devrait préciser les mesures à prendre ainsi que le délai imparti à chaque média pour régulariser sa situation et se mettre en conformité avec les textes en vigueur.
Le FADEM maintient son accompagnement
Si le département entend renforcer le contrôle et l’application de la réglementation, il assure également vouloir accompagner les médias dans leur professionnalisation.

À travers le FADEM, l’État prévoit ainsi de poursuivre son appui au secteur, notamment par des actions de formation, de renforcement des capacités et d’accompagnement des professionnels des médias.
Pour le MCENI, l’objectif est de parvenir à un meilleur équilibre entre exigence réglementaire et soutien au développement du secteur.
Cette restitution marque donc une nouvelle étape dans la volonté affichée des autorités de bâtir un écosystème médiatique plus professionnel, plus responsable et davantage conforme au cadre légal et réglementaire guinéen.
Pour les responsables des médias privés, l’heure est désormais à la régularisation. Les prochains jours devraient permettre de mesurer la portée concrète des mesures annoncées par le ministère.
Abdoulaye Bouka Barry








