Emprunt obligataire 2026 : la Guinée mobilise 4 579 milliards GNF et mise sur l’épargne nationale pour financer son développement
Lancé avec un objectif de 2 500 milliards de francs guinéens, l’emprunt obligataire 2026 a permis à l’État guinéen de mobiliser 4 579,145 milliards GNF,...

Lancé avec un objectif de 2 500 milliards de francs guinéens, l’emprunt obligataire 2026 a permis à l’État guinéen de mobiliser 4 579,145 milliards GNF, soit un taux de couverture de 183,17 %. Réunis ce jeudi 29 octobre 2026 à l’occasion d’un déjeuner de remerciement organisé par le ministère de l’Économie, des Finances et du Budget, les acteurs du secteur financier ont salué cette performance, tout en appelant à une gestion rigoureuse des fonds collectés et à un élargissement du marché des investisseurs.
Avec des souscriptions nettement supérieures aux prévisions initiales, l’emprunt obligataire 2026 met en évidence la capacité du système financier national à contribuer au financement de l’État. Pour les autorités, cette opération représente également une occasion de consolider la confiance des investisseurs et de diversifier les mécanismes de financement des projets publics.
La rencontre organisée à cette occasion a réuni la ministre de l’Économie, des Finances et du Budget, Mariama Ciré Sylla, le gouverneur de la Banque centrale de la République de Guinée (BCRG), Karamo Kaba, ainsi que les responsables des établissements bancaires partenaires.
Au-delà des résultats financiers, les échanges ont porté sur les perspectives de développement du marché national, la participation de nouveaux acteurs financiers et la nécessité de garantir une utilisation efficace et transparente des ressources mobilisées.
Laurent Fondjo salue la capacité de la Guinée à mobiliser ses ressources intérieures

Prenant la parole au nom du syndicat de placement, Laurent Fondjo, administrateur général et directeur général d’Afriland First Bank Guinée, chef de file et arrangeur de l’opération, a salué l’engagement des établissements financiers dans la réussite de l’emprunt. Il a notamment rappelé les efforts consentis pour susciter l’adhésion des épargnants et atteindre un niveau de souscription supérieur aux attentes du gouvernement.
Revenant sur les échanges qui avaient précédé le lancement de l’opération, il a évoqué les engagements pris par les membres du syndicat de placement à la suite des sollicitations de la ministre.
« Plus tard, Mme la ministre, sous votre leadership, nous avons convié ici, nous nous sommes retrouvés ici avec les membres du syndicat et les principaux acteurs du système financier et vous nous avez une fois de plus demandé de “mouiller le maillot”, comme on dit dans le langage du football. Nous vous avons promis que cela sera fait et que cela sera bien fait », a-t-il déclaré.
Pour Laurent Fondjo, les résultats obtenus démontrent que le marché intérieur peut constituer une source significative de financement des politiques publiques, sans dépendre exclusivement des ressources extérieures.
« La Guinée montre aux yeux du monde qu’elle est capable de lever les ressources domestiques. Et parfois, les gens ne font pas le lien avec les ressources étrangères », a-t-il souligné.
Le responsable bancaire a ensuite comparé le montant mobilisé sur le marché national au financement évoqué dans le cadre du programme conclu avec le Fonds monétaire international (FMI).
« Mme la ministre, vous avez signé un programme avec le FMI, c’est autour de 430 millions de dollars. Aujourd’hui, en Guinée, nous avons levé 520 millions de dollars. Donc, nous avons fait plus que le FMI », a-t-il affirmé.
Il a également insisté sur la disponibilité des fonds collectés, qu’il considère comme un atout pour la mise en œuvre des projets d’infrastructures et de développement.
« Notre argent est disponible, c’est dans le compte du Trésor. Monsieur le gouverneur peut confirmer que l’argent est disponible et prêt pour financer nos infrastructures, prêt pour financer notre développement », a-t-il ajouté.
Autre élément relevé par Laurent Fondjo, l’intérêt manifesté par des citoyens après la clôture officielle des souscriptions. Selon lui, plusieurs personnes ont exprimé le souhait de participer à l’opération, signe d’un engouement qu’il estime révélateur de la confiance accordée aux perspectives économiques du pays.

« Cette semaine, plein de Guinéens sont venus vers moi pour dire : “Mais nous voulons encore souscrire à l’emprunt.” Je leur ai dit : “Mais il y avait un délai, le délai est passé.” Je leur ai dit : “S’il vous plaît, demandez à l’État de lancer encore notre emprunt parce que nous voyons que les choses avancent” », a-t-il rapporté.
Cette demande, selon le chef de file de l’opération, souligne l’intérêt que peuvent susciter les instruments de financement public auprès des épargnants, à condition que la confiance soit entretenue par des résultats concrets.
La performance de l’emprunt repose sur la participation de sept établissements bancaires réunis au sein du syndicat de placement. Les données présentées par Laurent Fondjo font ressortir une contribution particulièrement importante d’Afriland First Bank Guinée, suivie de Vista Banque Guinée et de la Banque pour le commerce et l’industrie (BCI).
La répartition des souscriptions communiquée lors de la rencontre se présente comme suit :
Afriland First Bank Guinée : 1 366,650 milliards GNF, soit environ 29,85 % des souscriptions ;
Vista Banque Guinée : 670,980 milliards GNF, représentant 14,65 % ;
Banque pour le commerce et l’industrie (BCI) : 664,700 milliards GNF, soit 14,52 % ;
Ecobank : 626,315 milliards GNF, correspondant à 13,68 % ;
OraBank Guinée : 500,500 milliards GNF, soit 10,93 % ;
Sky Bank : 400 milliards GNF, représentant 8,74 % ;
AFG Banque Guinée : 350 milliards GNF, soit 7,64 %.
Au total, l’opération correspond à 915 829 000 obligations, selon les chiffres communiqués par le chef de file.
Karamo Kaba préconise des maturités plus longues et une base d’investisseurs élargie
Le gouverneur de la Banque centrale de la République de Guinée, Karamo Kaba, a replacé les résultats de l’emprunt dans une perspective plus large, en soulignant le rôle des conditions de financement dans l’appréciation du risque souverain. Selon lui, les montants prêtés à un État, les taux d’intérêt exigés et les échéances de remboursement constituent des indicateurs essentiels de la confiance que lui accordent les investisseurs.

Il a expliqué que l’évaluation d’un pays par les marchés financiers se traduit concrètement par les conditions auxquelles ceux-ci acceptent de lui prêter des fonds.
« Le conseiller lui répond en fait, par le montant qu’il accepte de nous prêter. Par le taux d’intérêt auquel il accepte de nous prêter. Et par la durée qu’il nous prête », a-t-il expliqué.
Karamo Kaba a salué le taux de couverture de 183,17 %, qu’il a qualifié d’extraordinaire, avant de féliciter les établissements bancaires et les souscripteurs guinéens pour leur contribution.
Il a également mis en avant les paramètres de l’émission, notamment un taux d’intérêt annuel de 11 % sur une durée de cinq ans, qu’il juge attractifs au regard du niveau d’inflation évoqué.
« Aujourd’hui, 11 % avec un taux d’inflation à 6 %, c’est quelque chose qui est plutôt bien. Et les Guinéens sont déjà rationnels. C’est un très bon placement », a-t-il estimé.
Fort de cette demande, le gouverneur a encouragé les autorités à envisager des échéances de remboursement plus longues lors des prochaines émissions. Une telle orientation pourrait permettre de diversifier les possibilités de financement et d’adapter les instruments proposés aux besoins des investisseurs.
« Mon conseil, c’est vraiment d’allonger de plus en plus la maturité. Parce que si c’est sursouscrit, c’est qu’il y a des gens qui veulent prendre du risque. C’est qu’il y a des gens qui veulent s’engager », a-t-il déclaré.
Le gouverneur a par ailleurs insisté sur la nécessité d’élargir la participation au-delà des banques commerciales. Il estime que les compagnies d’assurance et les institutions de microfinance pourraient également contribuer à la mobilisation de l’épargne nationale.
« Ce qu’on devrait faire, c’est voir comment les assureurs aussi peuvent participer. Voir comment les institutions de microfinance peuvent nous accompagner », a-t-il recommandé.
L’ouverture des prochaines opérations à ces catégories d’investisseurs permettrait de diversifier les sources de financement de l’État et de renforcer progressivement la profondeur du marché financier guinéen.
Aboubacar Sidiki Diakité souligne l’écart entre l’objectif et le montant mobilisé
Pour le directeur général des Financements, Aboubacar Sidiki Diakité, le dépassement de l’objectif initial constitue l’un des principaux enseignements de cette opération. Alors que le gouvernement recherchait 2 500 milliards GNF, les souscriptions ont atteint plus de 4 579 milliards GNF.
« L’objectif initial qui a été recherché, c’était 2 500 milliards de francs. Nous avons fini à 4 579 milliards. Ce qui est, en réalité, un résultat exceptionnel », a-t-il déclaré.

Cette progression conforte les perspectives de recours au marché intérieur pour financer les priorités nationales. Elle souligne également l’importance de poursuivre les efforts engagés pour diversifier les sources de financement de l’État et renforcer la capacité du système financier à accompagner les investissements publics.
Mariama Ciré Sylla appelle à préserver la confiance des investisseurs
En clôture de la rencontre, la ministre de l’Économie, des Finances et du Budget, Mariama Ciré Sylla, a exprimé sa reconnaissance aux établissements bancaires, à la Banque centrale et aux équipes techniques ayant contribué à la réussite de l’emprunt obligataire 2026.
Pour la ministre, cette mobilisation traduit un signal encourageant adressé aux acteurs économiques nationaux et aux partenaires internationaux, dans un contexte marqué par les incertitudes économiques.
« Grâce à votre mobilisation, on a pu atteindre 4 579 milliards de nos francs. Donc, c’est une réussite, c’est un succès remarquable. Dans un environnement incertain, vous avez choisi de faire confiance en la Guinée, en sa stabilité, en ses perspectives économiques, mais aussi en sa capacité d’honorer ses engagements. Je mesure l’importance de cette confiance », a-t-elle déclaré.
Mariama Ciré Sylla a particulièrement salué le rôle d’Afriland First Bank Guinée, chef de file de l’opération, avant de remercier les autres établissements pour leur contribution à la mobilisation des ressources.
Elle a toutefois rappelé que la confiance des investisseurs ne saurait être considérée comme acquise. Sa consolidation dépend, selon elle, de la capacité des pouvoirs publics à respecter leurs engagements, à assurer une gestion transparente des fonds et à démontrer l’efficacité des politiques mises en œuvre.

« La confiance ne se décrète pas. Elle se mérite par les actes. Et on va travailler dans la transparence et dans le respect de nos obligations à nous assurer qu’elle se consolide pour que l’année prochaine on ait un succès encore plus éclatant », a-t-elle affirmé.
La ministre a identifié trois enseignements majeurs à tirer de cette opération. Le premier concerne la crédibilité financière de la Guinée et la confiance accordée à sa signature souveraine. Le deuxième réside dans la capacité du pays à mobiliser son épargne nationale pour accompagner son développement. Le troisième porte sur la responsabilité des autorités dans l’affectation et l’utilisation des ressources collectées.
Sur ce dernier aspect, elle a insisté sur le fait que la réussite d’un emprunt ne peut être appréciée à partir des seuls montants mobilisés. Les résultats doivent également se mesurer à la qualité des investissements financés et aux bénéfices qu’ils génèrent pour l’économie et les populations.

« Notre responsabilité, c’est de nous assurer que ces fonds seront utilisés avec efficacité, transparence et que chaque investissement produise une véritable valeur ajoutée pour l’économie nationale », a-t-elle insisté.
Les secteurs de l’éducation, de la santé et de l’énergie figurent notamment parmi les domaines dans lesquels les investissements structurants sont appelés à contribuer à l’amélioration des conditions de vie et au développement économique.
Mariama Ciré Sylla a enfin réaffirmé la volonté du gouvernement de renforcer son partenariat avec les établissements bancaires au-delà de cette opération, en privilégiant un dialogue permanent fondé sur la transparence, la confiance et une vision commune des priorités nationales.
Au-delà de la collecte, l’enjeu de l’impact économique
Avec un taux de couverture de 183,17 %, l’emprunt obligataire 2026 confirme le potentiel du marché intérieur dans le financement des besoins de l’État. La contribution des sept banques participantes et l’ampleur des souscriptions ouvrent des perspectives pour de futures opérations, à condition de consolider les mécanismes de confiance et d’élargir la participation à d’autres catégories d’investisseurs.

Les recommandations formulées au cours de la rencontre convergent vers trois orientations : diversifier les souscripteurs en associant davantage les assureurs et les institutions de microfinance, envisager des maturités plus longues et renforcer la transparence dans la gestion des ressources mobilisées.
Pour les autorités guinéennes, la prochaine étape consiste à convertir cette capacité de financement en réalisations concrètes. L’efficacité de l’emprunt se mesurera, à terme, à la qualité des projets soutenus, à leur contribution à la croissance et aux retombées économiques et sociales pour les populations.
La mobilisation de 4 579 milliards GNF constitue ainsi un résultat financier majeur. Sa portée durable dépendra désormais de l’utilisation des fonds, du respect des engagements de l’État et de la capacité des investissements réalisés à renforcer le développement économique de la Guinée.
Abdoulaye Bouka Barry








