Assainissement de la presse : la HAC mise sur une alliance avec le patronat pour restaurer la crédibilité du secteur
Engagée depuis plusieurs mois dans une dynamique d’assainissement du paysage médiatique national, la Haute Autorité de la Communication (HAC) entend désormais renforcer sa collaboration avec...

Engagée depuis plusieurs mois dans une dynamique d’assainissement du paysage médiatique national, la Haute Autorité de la Communication (HAC) entend désormais renforcer sa collaboration avec les organisations professionnelles de presse. C’est dans cette perspective que son président, Boubacar Yacine Diallo, a reçu, ce vendredi 30 octobre, les responsables de la Fédération patronale des associations professionnelles de presse de Guinée (FEPAP-GUI), accompagnés de représentants de la Confédération générale des entreprises de Guinée (CGE-GUI). Une rencontre placée sous le signe de la concertation, de la responsabilité professionnelle et de la viabilité économique des entreprises de presse.
La visite, organisée à l’occasion de la présentation officielle du nouveau bureau exécutif de la FEPAP-GUI, a constitué une opportunité pour le président de la HAC de réaffirmer sa volonté de faire de cette nouvelle organisation un partenaire stratégique dans les réformes engagées au sein du secteur médiatique.
Boubacar Yacine Diallo a particulièrement salué la démarche unitaire des responsables de presse, qui ont fait le choix de mutualiser leurs forces et leurs ressources au sein d’une structure patronale commune. Une initiative qu’il considère comme un signal encourageant pour la structuration et la représentation des intérêts de la profession.
« C’est un privilège pour nous de recevoir des patrons de presse, généralement présidents d’associations professionnelles, qui ont décidé d’unifier leurs efforts et leurs moyens pour se constituer en une équipe patronale », a-t-il fait remarquer.
Au-delà du caractère protocolaire de cette visite, le président de l’instance de régulation a surtout insisté sur la portée opérationnelle de cette fédération, appelée à jouer un rôle déterminant dans les relations entre la HAC, les entreprises de presse et les différentes organisations professionnelles.
Pour lui, l’assainissement du paysage médiatique ne saurait produire des résultats durables s’il se limite à une seule catégorie d’acteurs. La régularisation des entreprises de presse doit nécessairement aller de pair avec l’identification, l’encadrement et la professionnalisation des journalistes qui y exercent.
« Je considère déjà cette équipe comme un interlocuteur privilégié de la Haute Autorité de la Communication. Elle doit notamment faciliter les échanges entre notre institution et le patronat, à travers les différentes associations qui la composent. Nous avons des chantiers communs. Le premier consiste à assainir les rangs de la presse, aussi bien du côté des journalistes que de celui des médias. Il n’y a pas de journaliste sans médias et il n’y a pas de médias sans journaliste. On ne peut donc assainir un secteur en faisant abstraction de l’autre », a-t-il expliqué.
Cette approche traduit l’ambition de la HAC de conduire une réforme globale du secteur, en dépassant la seule question de la conformité administrative des médias. L’enjeu est également de contribuer à l’émergence d’un environnement professionnel mieux organisé, dans lequel les journalistes pourront exercer leur métier dans des structures légalement établies, économiquement viables et capables de leur garantir de meilleures conditions de travail.
La viabilité économique des médias au cœur des préoccupations.
L’autre dossier majeur abordé au cours de cette rencontre concerne la subvention annuelle de l’État destinée à la presse privée. Sa répartition demeure, selon le président de la HAC, un exercice particulièrement délicat, en raison notamment de la confusion persistante entre le statut de journaliste et celui de véritable entrepreneur de presse.
Boubacar Yacine Diallo estime qu’une clarification du cadre juridique s’impose afin de distinguer les professionnels qui exercent le métier de journaliste de ceux qui assument effectivement les responsabilités économiques et sociales liées à la gestion d’une entreprise médiatique.
« Nous partageons également la question de la subvention que l’État accorde à la presse privée. Nous rencontrons souvent d’importantes difficultés dans sa répartition parce qu’en Guinée, malheureusement, beaucoup de journalistes sont devenus, par extraordinaire, des patrons alors qu’ils sont seuls. Je souhaite que l’évolution de la législation puisse prendre en compte cette réalité, afin que ceux qui créent des médias soient de véritables chefs d’entreprise. Être patron implique des salariés, des charges et des responsabilités », a-t-il souligné.
Cette réflexion renvoie à une problématique fondamentale : celle de la transformation des organes de presse en véritables entreprises, disposant d’une organisation fonctionnelle, de ressources humaines identifiées et d’une capacité réelle à assurer la rémunération régulière de leurs employés. Pour la HAC, l’assainissement du secteur doit ainsi contribuer à sortir les journalistes de la précarité et à leur permettre de vivre dignement de leur profession.
Face au numérique, préserver les médias professionnels.
La mutation profonde de l’écosystème de l’information constitue un autre défi auquel la HAC entend s’attaquer avec ses partenaires. L’essor des plateformes numériques et l’influence grandissante des acteurs de la communication sur les réseaux sociaux bouleversent les équilibres traditionnels et accentuent les difficultés économiques auxquelles sont confrontés les médias classiques.
Face à cette évolution, le président de la HAC plaide pour une adaptation de la législation aux nouvelles réalités technologiques, afin de préserver le professionnalisme journalistique et d’éviter que les entreprises de presse régulièrement constituées ne soient fragilisées par une concurrence qu’il juge déséquilibrée.
« Le troisième chantier que nous avons en commun consiste à contribuer à l’adéquation des lois avec les nouvelles technologies de l’information. Aujourd’hui, si nous n’y prenons garde, la presse traditionnelle risque de succomber et de laisser la place à des non-professionnels qui ont acquis de la notoriété sur la toile », a-t-il averti.
Dans cette perspective, Boubacar Yacine Diallo appelle à une mobilisation concertée de la HAC, de la fédération patronale et des organisations représentatives du monde économique. L’objectif est de créer les conditions permettant aux médias légalement installés, respectueux des exigences réglementaires et professionnels dans leur fonctionnement, de faire face aux transformations du marché de l’information.
Le président de la HAC entend ainsi faire de cette coopération un instrument de défense et de consolidation des entreprises de presse, confrontées à une concurrence numérique dont les règles ne sont pas toujours équitables.
« Cette fédération, avec l’accompagnement de la HAC et du patronat, devrait contribuer à soutenir les médias régulièrement installés, qui remplissent les critères et les conditions fixés par la loi, afin de leur permettre de résister à cette concurrence déloyale qui s’est développée au détriment de la presse traditionnelle. Notre institution se tient aux côtés de la fédération patronale pour l’aider à avancer, à prendre son envol et, à terme, à voler de ses propres ailes », a-t-il assuré.
À travers cette rencontre, la HAC réaffirme donc sa volonté d’inscrire l’assainissement de la presse guinéenne dans une démarche concertée, associant régulation, responsabilité patronale et professionnalisation des journalistes. Une orientation qui repose sur une conviction essentielle : il ne peut y avoir de presse crédible sans entreprises viables, ni d’entreprises de presse solides sans journalistes qualifiés, reconnus et correctement rémunérés.
Au-delà de la mise en conformité des médias et de l’identification des professionnels, le véritable enjeu demeure ainsi la construction d’un écosystème médiatique structuré, capable de garantir aux journalistes des conditions d’exercice dignes et de redonner durablement à la presse guinéenne sa place dans le débat public.
Abdoulaye Bouka Barry








