Forum communautaire Russie-Afrique : mines, environnement, numérique et formation au cœur des perspectives de coopération entre Conakry et Moscou
À l’approche du 3ᵉ Sommet Russie-Afrique et du Forum communautaire Russie-Afrique, prévus les 28 et 29 octobre 2026, la Guinée entend donner un nouvel élan...

À l’approche du 3ᵉ Sommet Russie-Afrique et du Forum communautaire Russie-Afrique, prévus les 28 et 29 octobre 2026, la Guinée entend donner un nouvel élan à sa coopération avec Moscou, notamment dans les secteurs minier, industriel, technologique et environnemental . Ces enjeux étaient au cœur d’une table ronde organisée ce mercredi 7 octobre dans les locaux de la Radiodiffusion Télévision Guinéenne (RTG), à laquelle ont pris part plusieurs responsables et experts guinéens et russes.

Dans un contexte de recomposition des équilibres internationaux et d’affirmation d’un ordre mondial multipolaire, les échanges ont porté sur les perspectives d’investissement russe en Guinée, la transformation locale des ressources minières, la digitalisation du secteur, l’exploration géologique ainsi que le renforcement des compétences nationales. Autant de leviers considérés comme essentiels pour permettre au pays de mieux valoriser son potentiel minier et d’accélérer sa transformation économique.
Parmi les participants figuraient Ibrahim Diallo, directeur des affaires juridiques de l’Agence nationale d’aménagement des infrastructures minières (ANAIM), Eduard Sheremetsev, vice-ministre russe de l’Énergie chargé des questions de numérisation, Victoria Idrisova, rectrice de l’Académie russe du commerce extérieur du ministère du Développement économique de la Fédération de Russie, Seydou Cissé, directeur de l’évaluation environnementale au ministère guinéen de l’Environnement et du Développement durable, ainsi qu’un représentant du ministère des Mines et de la Géologie.

De la coopération politique au partenariat économique
Les échanges ont permis d’examiner l’état actuel de la coopération russo-guinéenne et surtout d’identifier les secteurs susceptibles de bénéficier d’un nouvel élan à la faveur du prochain rendez-vous Russie-Afrique.
Au cœur des discussions : les investissements russes dans l’économie guinéenne, les perspectives d’élargissement de la coopération dans le secteur minier, le commerce bilatéral, les infrastructures, l’énergie, la transformation industrielle et le développement des compétences.
Pour les différents intervenants, l’Afrique occupe désormais une place déterminante dans la construction d’un nouvel équilibre international.
« La région africaine manifeste une demande claire pour les principes de coexistence pacifique, de respect de la diversité culturelle, de non-ingérence et de recherche de compromis, ce qui en fait un acteur important dans l’émergence d’un ordre mondial multipolaire », ont-ils souligné.
Cette vision politique se double, selon les panelistes, d’une ambition économique : faire de la coopération Russie-Afrique un instrument permettant de concrétiser des projets structurants et mutuellement bénéfiques.

Mines : l’enjeu n’est plus seulement d’extraire, mais de transformer
Pour la Guinée, dont l’économie repose largement sur l’exploitation de ses ressources naturelles, la question minière occupe naturellement une place centrale dans cette réflexion.
Les participants à la table ronde ont insisté sur la nécessité de dépasser le modèle traditionnel fondé essentiellement sur l’extraction et l’exportation des matières premières.
« L’enjeu ne se résume plus à extraire davantage. Il s’agit de transformer davantage, de maîtriser davantage, de numériser davantage et, surtout, de créer davantage de valeur sur le territoire national », ont-ils fait valoir.
Cette orientation rejoint les ambitions affichées à travers Simandou 2040, qui entend faire du secteur minier un moteur plus puissant de transformation économique et industrielle du pays.
Dans cette perspective, la coopération avec la Russie pourrait ouvrir de nouvelles opportunités dans l’extraction, la transformation des minerais, la métallurgie, les infrastructures minières, l’énergie et la logistique.
Les échanges intervenus en septembre dernier entre les autorités guinéennes et le groupe RUSAL autour de la transformation locale des ressources minières, des investissements et du développement des infrastructures industrielles ont notamment été évoqués comme une illustration de cette volonté de renforcer les liens économiques entre les deux pays.
Investir pour accélérer l’industrialisation
Le premier axe identifié au cours de la table ronde concerne ainsi les investissements russes et leur contribution à l’industrialisation du secteur minier guinéen.

L’objectif est de favoriser l’arrivée de capitaux, de technologies et de compétences dans plusieurs segments stratégiques de la chaîne de valeur minière.
Il s’agit notamment de développer les capacités d’extraction et de transformation, mais également de renforcer les infrastructures, l’approvisionnement énergétique, la logistique et les capacités métallurgiques.
Derrière cette ambition se pose une question fondamentale : comment permettre à la Guinée de passer progressivement d’une économie principalement fondée sur l’exportation de matières premières à une économie capable de transformer localement ses ressources et d’en capter davantage de valeur ?
Pour les panelistes, le prochain Forum communautaire Russie-Afrique pourrait précisément servir de cadre pour approfondir cette réflexion et faire émerger des partenariats susceptibles de déboucher sur des projets concrets.
Le numérique, nouvel outil de performance et de transparence minière
Autre chantier majeur abordé lors des échanges : la transformation numérique du secteur minier.
L’industrie minière mondiale connaît une mutation profonde sous l’effet de l’intelligence artificielle, de l’automatisation, de la géolocalisation, de l’analyse des données et des systèmes de surveillance.
Pour les participants, la Guinée ne saurait rester à l’écart de cette révolution technologique.
Les technologies russes pourraient notamment être mobilisées pour améliorer le suivi des opérations minières, renforcer la surveillance des flux de transport, suivre les mouvements de minerais et mieux contrôler la consommation de carburant et d’autres ressources.
« Il ne s’agit pas seulement de moderniser les outils de travail, mais également de renforcer la traçabilité, la transparence opérationnelle et la maîtrise des ressources », ont rappelé les intervenants.
Cette dimension numérique apparaît ainsi comme un levier susceptible d’améliorer à la fois la productivité des entreprises, la gouvernance du secteur et le contrôle des ressources.
Mieux connaître le sous-sol guinéen pour mieux le valoriser

La troisième priorité identifiée concerne l’exploration et la connaissance du potentiel géologique de la Guinée.
Malgré ses importantes réserves minières, le pays dispose encore de vastes zones dont le potentiel reste insuffisamment exploré et documenté.
Une coopération renforcée avec la Russie pourrait, selon les panelistes, contribuer à améliorer la prospection géologique et à identifier de nouvelles ressources.
Les technologies de télédétection, les outils géophysiques, les systèmes d’information géographique et les techniques modernes de modélisation pourraient notamment être mises à contribution pour approfondir la connaissance du sous-sol guinéen.
Cette coopération pourrait également s’appuyer sur les universités et les centres de recherche, notamment à travers des programmes de formation spécialisés dans la géologie minière, la modélisation des gisements et les technologies numériques appliquées à l’exploration.
Former une nouvelle génération d’experts guinéens.
Mais au-delà des capitaux et des technologies, un autre enjeu apparaît déterminant : la formation des ressources humaines.
Pour les participants, aucune stratégie d’industrialisation durable ne peut être menée sans une main-d’œuvre nationale suffisamment qualifiée pour maîtriser les outils, les procédés et les technologies déployés dans les différents secteurs de l’économie.
« Aucune technologie, aussi sophistiquée soit-elle, ne peut remplacer la compétence, l’expertise et la capacité d’appropriation nationale », ont-ils souligné.
Dans cette perspective, la formation des jeunes Guinéens dans les universités russes pourrait être davantage orientée vers les besoins futurs de l’industrie nationale.
Géologues, ingénieurs des mines, spécialistes de la métallurgie, de la géomatique, de l’intelligence artificielle, de la maintenance industrielle, des infrastructures ou encore de l’environnement figurent parmi les profils considérés comme stratégiques.
L’ambition est claire : permettre à la Guinée de disposer progressivement d’une expertise nationale capable non seulement d’accompagner les grands projets miniers, mais aussi de participer à leur conception, à leur gestion et à leur développement.
Investir, numériser, explorer, former : les quatre piliers d’un partenariat renouvelé.
Au terme des échanges, quatre grandes orientations se dégagent comme les principaux piliers d’un partenariat minier renforcé entre la Guinée et la Russie : investir, numériser, explorer et former.
Investir, pour développer les capacités industrielles et accélérer la transformation locale des ressources.
Numériser, pour améliorer la performance, la traçabilité et la gouvernance des opérations.
Explorer, pour approfondir la connaissance du potentiel géologique national et identifier de nouvelles opportunités.
Former, enfin, parce que la souveraineté industrielle repose avant tout sur la compétence des femmes et des hommes capables de concevoir, de piloter et de maîtriser les outils du développement.
Du Forum aux projets concrets

À travers cette table ronde, les différents intervenants ont surtout cherché à donner un contenu concret aux ambitions affichées autour du 3ᵉ Sommet Russie-Afrique et du Forum communautaire Russie-Afrique, prévus les 28 et 29 octobre 2026.
Pour la Guinée, l’enjeu sera désormais de transformer les opportunités de coopération en partenariats opérationnels, capables de générer des investissements, des emplois, des compétences et davantage de valeur ajoutée sur le territoire national.
Au-delà des discours et des déclarations d’intention, le prochain rendez-vous Russie-Afrique devrait ainsi constituer une nouvelle étape dans la recherche de projets structurants entre Conakry et Moscou.
Car pour la Guinée, la véritable question n’est plus seulement de savoir combien de ressources le pays possède, mais bien de savoir comment les transformer, les maîtriser et les valoriser au bénéfice durable de son économie et de sa population.
Abdoulaye Bouka Barry








