FGF : Ibrahima Kalil Kaba dresse un réquisitoire sévère contre une décennie de crises et appelle à la refondation
À l’approche de l’élection du nouveau bureau exécutif de la Fédération guinéenne de football (FGF), prévue le 27 octobre 2026, Ibrahima Kalil Kaba, dit «...

À l’approche de l’élection du nouveau bureau exécutif de la Fédération guinéenne de football (FGF), prévue le 27 octobre 2026, Ibrahima Kalil Kaba, dit « Lilou », candidat à la présidence sous la bannière de la liste CAP 20-30, dresse un constat sans concession de l’état du football national. Au terme d’une tournée à l’intérieur du pays, marquée par des rencontres avec les acteurs de la base, il pointe du doigt la désunion, l’instabilité institutionnelle, l’insuffisance des infrastructures, ledéficit de formation et le manque de compétitions structurées. Pour lui, le football guinéen est malade et nécessite une refondation en profondeur.

Le diagnostic est sévère, mais le message se veut sans ambiguïté : le football guinéen ne pourra retrouver son dynamisme sans une rupture avec les querelles intestines et les dysfonctionnements qui entravent son développement. C’est, en substance, l’enseignement majeur qu’Ibrahima Kalil Kaba dit avoir tiré de sa récente tournée à l’intérieur du pays, au cours de laquelle il est allé à la rencontre des acteurs du football à Labé, Kindia, Kankan et N’Zérékoré.
Candidat à la présidence de la Fédération guinéenne de football, « Lilou » défend, avec la liste CAP 20-30, une démarche qu’il présente comme collective, fondée sur l’écoute, la concertation et la recherche de solutions aux difficultés structurelles du football national. Dans un entretien accordé au service des sports de la RTG ce mardi 21 octobre 2026, il revient sur les motivations de cette tournée et livre une lecture particulièrement critique de la situation actuelle.
CAP 20-30 : au-delà d’une candidature, un projet collectif
Pour Ibrahima Kalil Kaba, cette tournée ne relevait pas d’une simple opération de séduction électorale. Elle répondait à la nécessité de présenter aux membres de la famille du football guinéen le programme porté par sa liste, tout en recueillant leurs préoccupations et leurs propositions.
« Nous avons décidé, avec d’autres acteurs du football, des hommes et des femmes qui vivent et respirent le football guinéen, de présenter une liste, non pas dans une démarche de promotion personnelle, mais plutôt dans une démarche collective », explique-t-il.
À travers CAP 20-30, le candidat Ibrahima Kalil Kaba « affirme vouloir s’attaquer aux maux qui, selon lui, compromettent les perspectives de développement du football guinéen. L’ambition affichée consiste à associer les acteurs concernés à la réflexion sur les réformes nécessaires, en tenant compte des réalités vécues sur le terrain. »
Cette volonté de proximité répond également à un impératif de légitimité : solliciter un mandat électif au sein de la Fédération suppose, à ses yeux, d’aller à la rencontre des membres, de leur exposer un programme et de confronter les propositions aux attentes exprimées à la base.
La tournée aura ainsi constitué, selon lui, une occasion de mesurer l’ampleur des difficultés, mais aussi de mieux cerner les aspirations d’un milieu sportif en quête de stabilité et de perspectives.

La désunion, ce mal profond qui asphyxie le football guinéen
Parmi les préoccupations exprimées au fil des rencontres, une revient avec insistance : la désunion. Ibrahima Kalil Kaba dit avoir été frappé par la lassitude des acteurs face aux querelles et aux conflits qui traversent le football national.
« Partout où nous sommes passés, nous avons constaté un rejet collectif de toutes ces bisbilles autour du football qui, à mon sens, sont devenues un véritable facteur d’asphyxie », affirme-t-il.
Derrière cette observation se dessine une crise qui, selon le candidat, dépasse les divergences ponctuelles pour affecter la capacité même des acteurs à travailler ensemble. Les rivalités personnelles, les antagonismes persistants et les affrontements internes semblent avoir progressivement pris le pas sur les objectifs sportifs et institutionnels.
Ce constat place la question de l’unité au cœur des enjeux de la prochaine élection fédérale. Pour le candidat de CAP 20-30, le redressement du football guinéen ne saurait se limiter à des réformes administratives ou à des investissements matériels. Il suppose également de restaurer un climat de confiance et de réconcilier les différentes composantes de la famille du football.
Car, au-delà des personnes et des ambitions individuelles, c’est la capacité du mouvement sportif à se rassembler autour d’une vision commune qui se trouve interrogée.
Dix ans de turbulences institutionnelles : une gouvernance à reconstruire
Sur le terrain de la gouvernance, le jugement d’Ibrahima Kalil Kaba est tout aussi préoccupant. Le candidat évoque une décennie marquée par une succession de crises institutionnelles qui, à ses yeux, témoigne de la fragilité persistante des mécanismes de fonctionnement de la Fédération.
« Nous avons connu deux CONOR, une assemblée générale n’a pas pu se tenir faute de quorum, un président élu a été destitué et un comité exécutif (COMEX) vient de démissionner. Tout cela en dix ans », rappelle-t-il.
Cette succession d’épisodes constitue, selon lui, un indicateur révélateur des difficultés de gouvernance auxquelles le football guinéen demeure confronté. La répétition des crises fragilise la continuité de l’action fédérale, complique la mise en œuvre des politiques de développement et entretient un climat d’incertitude peu propice à la construction d’un projet durable.
Dès lors, la prochaine échéance électorale apparaît comme un moment déterminant. Au-delà du choix d’une équipe dirigeante, elle pose la question de la capacité de la future administration à rétablir la stabilité, à renforcer les pratiques de gestion et à replacer les intérêts du football au-dessus des rivalités.
Pour Ibrahima Kalil Kaba, le constat est sans appel : la gouvernance constitue l’un des principaux chantiers auxquels devra s’attaquer le prochain bureau exécutif.
Des infrastructures sportives qui peinent à répondre aux exigences du football moderne
À l’instabilité institutionnelle s’ajoutent les difficultés liées aux infrastructures. Le candidat de CAP 20-30 souligne notamment l’état préoccupant de certains grands stades, confrontés à des problèmes de qualité des installations et d’entretien.
Les pelouses, les équipements et les infrastructures associées figurent parmi les préoccupations soulevées au cours de sa tournée.
Or, dans un environnement footballistique où la qualité des installations conditionne la préparation des équipes, la sécurité des joueurs et l’organisation des compétitions, ces insuffisances constituent un obstacle majeur à la progression du football national.
L’enjeu ne réside donc pas uniquement dans la construction de nouvelles infrastructures. Il concerne également la préservation des équipements existants, leur entretien régulier et leur adaptation aux besoins des clubs, des joueurs et des organisateurs.
Pour prétendre à un développement durable, le football guinéen doit pouvoir s’appuyer sur des installations fonctionnelles, capables d’accueillir les compétitions dans des conditions satisfaisantes.
La formation, un impératif pour professionnaliser toute la chaîne du football
Autre priorité mise en évidence par la tournée : la formation. Ibrahima Kalil Kaba estime que les besoins sont considérables et concernent bien davantage que les seuls arbitres et entraîneurs.
Les administrateurs du football, les responsables des ligues, les secrétaires généraux des clubs, les team managers et les intendants sont également concernés par ce besoin de renforcement des compétences.
Cette approche élargie met en lumière une dimension essentielle du développement sportif : la performance sur le terrain dépend aussi de la qualité de l’organisation qui l’entoure. La professionnalisation du football exige des compétences techniques, administratives et managériales, ainsi qu’une meilleure maîtrise des règles et des procédures qui encadrent les activités sportives.
Sans un investissement conséquent dans la formation, les réformes institutionnelles risquent de demeurer insuffisantes et les ambitions de développement difficiles à concrétiser.
Pour le candidat, la montée en compétence des différents acteurs doit ainsi constituer un axe majeur de toute politique sérieuse de modernisation du football guinéen.
Le déficit de compétitions structurées, un frein à l’éclosion des talents

Le dernier volet de son diagnostic concerne l’organisation des compétitions. Ibrahima Kalil Kaba déplore une participation insuffisante à des compétitions formelles et l’existence de nombreuses initiatives informelles qui, faute d’une organisation adéquate, ne permettent pas d’exploiter pleinement leur potentiel.
Cette situation soulève une question fondamentale : comment favoriser l’émergence des talents, améliorer le niveau technique des joueurs et assurer une progression régulière des équipes sans un calendrier de compétitions cohérent et suffisamment structuré ?
Le développement du football repose, en effet, sur la régularité des rencontres, la qualité de l’encadrement, la continuité de la pratique et la mise en place de mécanismes permettant aux jeunes joueurs de progresser.
L’absence ou l’insuffisance de compétitions organisées risque de limiter les possibilités de détection, de formation et de valorisation des talents, notamment à l’intérieur du pays.
La structuration des championnats et des compétitions à tous les échelons apparaît ainsi comme un enjeu déterminant pour rapprocher les ambitions du football guinéen de ses capacités réelles de développement.
Le 27 octobre, une échéance décisive pour l’avenir du football guinéen

À quelques jours du scrutin du 27 octobre 2026, les déclarations d’Ibrahima Kalil Kaba donnent un aperçu des défis auxquels la future équipe dirigeante de la FGF devra faire face : restaurer l’unité, stabiliser la gouvernance, améliorer les infrastructures, renforcer la formation et donner davantage de régularité aux compétitions.
Son diagnostic se veut alarmant, mais il a également le mérite de replacer le débat électoral sur les questions de fond. Au-delà des candidatures et des rapports de force, l’enjeu est celui d’un football capable de se doter d’institutions solides, d’une organisation cohérente et d’une vision de développement à long terme.
Reste désormais à savoir dans quelle mesure les propositions de CAP 20-30 pourront répondre aux attentes exprimées par les acteurs rencontrés sur le terrain. Car dresser un état des lieux, aussi lucide soit-il, ne constitue qu’une première étape. La véritable épreuve sera celle de la capacité à transformer les constats en décisions, les engagements en actions et les ambitions en résultats mesurables.

En concluant son analyse, Ibrahima Kalil Kaba résume la gravité de la situation en une formule particulièrement forte : « Alors, comment nous portons-nous ? Je dirais que nous sommes malades. »
Une déclaration qui sonne comme un avertissement à l’ensemble de la famille du football guinéen. À l’approche de l’élection fédérale, la question n’est donc plus seulement de savoir qui dirigera la FGF, mais surtout quelle équipe saura rétablir la confiance, mettre fin aux divisions et engager le football national sur la voie d’une refondation durable.
Abdoulaye Bouka Barry








