Conakry : la décharge de Dar-es-Salam, qui renferme 7,2 millions de tonnes de déchets, amorce sa transformation en parc urbain
Après près de trois décennies d’accumulation de déchets, la décharge de Dar-es-Salam, dans la commune de Gbessia, s’apprête à tourner une page particulièrement sombre de...

Après près de trois décennies d’accumulation de déchets, la décharge de Dar-es-Salam, dans la commune de Gbessia, s’apprête à tourner une page particulièrement sombre de son histoire. Le lancement officiel, ce lundi 2 novembre 2026, des travaux de fermeture écologique et de réhabilitation environnementale du site marque le début d’une opération d’envergure, destinée à transformer cet espace hautement pollué en un parc urbain végétalisé. Entièrement financé par Winning International Group, le projet intervient dans un contexte douloureux, marqué notamment par l’éboulement meurtrier du 23 août dernier, qui a fait 36 victimes.
C’est sur le site même de Dar-es-Salam, symbole pendant plusieurs décennies des difficultés structurelles de gestion des déchets dans la capitale guinéenne, que les autorités ont officiellement donné le coup d’envoi de cette opération. La cérémonie s’est déroulée sous la présidence du Premier ministre, Amadou Oury Bah, représentant le président de la République, Mamadi Doumbouya.
Derrière cette initiative se dessine un chantier à la fois environnemental, sanitaire et social. Il s’agit de sécuriser un site qui concentre des millions de tonnes de déchets, de réduire les risques auxquels sont exposées les populations riveraines et, à terme, de restituer à la collectivité un espace jusque-là associé à l’insalubrité, aux nuisances et aux drames humains.
L’ambition est considérable : convertir près de trois décennies d’accumulation incontrôlée de déchets en un espace de verdure, de détente et de convivialité, accessible au public.
Gbessia face à un héritage environnemental et sanitaire particulièrement lourd.
Pour les populations de Gbessia, le lancement des travaux représente bien davantage qu’une opération d’aménagement urbain. Il répond à une préoccupation ancienne, au regard des conséquences sanitaires, environnementales et sociales auxquelles les communautés riveraines ont été confrontées pendant de longues années.
S’exprimant au nom des habitants de la commune, le maire, Mamadou Saliou Fofana, a souligné la portée humaine de cette initiative. Pour lui, la réhabilitation de Dar-es-Salam doit être appréhendée comme une exigence de justice à l’égard des populations qui ont durablement subi les effets de la présence de cette décharge.

« Au-delà de la question des déchets, il s’agit d’un enjeu de santé publique, de dignité humaine, de préservation de l’environnement et de justice sociale envers les populations qui ont longtemps supporté les conséquences de cette situation », a-t-il souligné.
Tout en saluant le démarrage du projet, l’édile a réaffirmé la volonté des autorités communales de contribuer à sa bonne exécution. Il a néanmoins attiré l’attention sur la nécessité de ne pas reléguer au second plan les préoccupations des riverains. Leur protection sanitaire, l’amélioration de leur cadre de vie et la prise en compte de leurs difficultés doivent, selon lui, accompagner les différentes phases de l’intervention.

Dans le même esprit, la gouverneure de Conakry, M’Mahawa Sylla, a salué une décision attendue depuis de nombreuses années par les habitants de la capitale. Elle a rappelé les épreuves endurées par les communautés vivant à proximité du site, dont le quotidien a longtemps été marqué par les nuisances liées à l’exploitation de cette décharge.
Winning International Group engage son financement intégral
L’un des faits marquants de cette opération réside dans son mode de financement. Winning International Group prend entièrement en charge le coût du projet et entend en faire don au peuple guinéen.
Au nom du groupe, son président-directeur général, Sun Xiushun, a réaffirmé la détermination de l’entreprise à accompagner les autorités guinéennes dans cette entreprise de réhabilitation. Il a présenté cet engagement comme une réponse à la volonté exprimée au sommet de l’État et à l’urgence de mettre fin à une situation devenue particulièrement préoccupante.
« Face à l’appel du chef de l’État, nous avons senti qu’il était de notre devoir d’agir. C’est pourquoi Winning a décidé de financer intégralement ce projet et d’en faire don au peuple guinéen », a-t-il déclaré.

Évoquant le drame du 23 août dernier, le dirigeant a reconnu que cet événement tragique avait davantage mis en évidence la nécessité d’une intervention rapide et structurée. La catastrophe a, selon lui, renforcé l’impératif de protéger les populations et de restaurer un environnement longtemps exposé à des risques majeurs.
Sun Xiushun a, par ailleurs, assuré que Winning International Group mettrait à contribution ses compétences et son savoir-faire technique afin de garantir une exécution conforme aux standards internationaux en matière d’ingénierie et de protection environnementale.
Au-delà de la fermeture de la décharge, l’entreprise ambitionne de contribuer à la création d’un nouvel espace urbain, où la végétation, les activités de loisirs et les usages collectifs se substitueront progressivement à l’image d’un dépotoir devenu emblématique des difficultés d’assainissement de Conakry.
7,2 millions de tonnes de déchets : les chiffres d’une urgence environnementale
L’ampleur des travaux envisagés prend toute sa mesure à la lumière des données communiquées par le ministère de l’Assainissement, de l’Hydraulique et des Hydrocarbures.
Présentant le diagnostic environnemental du site, le ministre Aboubacar Camara a dressé le tableau d’un passif particulièrement préoccupant. La décharge de Dar-es-Salam s’étend sur environ 280 000 mètres carrés et aurait accueilli, au cours de près de trente années d’exploitation, plus de 9 millions de mètres cubes de déchets, représentant quelque 7,2 millions de tonnes.
À cette accumulation massive s’ajoutent des risques environnementaux considérables. Le ministre a notamment fait état d’émissions de méthane estimées à 250 000 tonnes, ainsi que de menaces de contamination des sols, des nappes phréatiques et du littoral par les lixiviats, ces liquides polluants générés par la décomposition des déchets.

Les conséquences sur les populations environnantes sont tout aussi préoccupantes. Selon les estimations présentées par le département, entre 150 000 et 250 000 personnes auraient vécu quotidiennement, durant plusieurs années, dans un rayon de moins de deux kilomètres autour du site. Une proximité qui les exposait notamment aux fumées, aux incendies, aux émanations gazeuses et à diverses nuisances susceptibles d’affecter leur santé.
Cette situation environnementale trouve une illustration tragique dans l’éboulement du 23 août dernier. Le bilan humain de cette catastrophe s’élève à 36 morts, parmi lesquels figurent des ressortissants de la Sierra Leone.
À l’occasion de la cérémonie, Aboubacar Camara a renouvelé ses condoléances aux familles endeuillées et exprimé la solidarité du gouvernement à l’endroit de toutes les personnes affectées par cette tragédie.
Une intervention technique pour prévenir de nouveaux drames
La réhabilitation de Dar-es-Salam ne se résumera pas à recouvrir les déchets ou à aménager un espace paysager. Elle repose sur un dispositif technique destiné à traiter les risques inhérents à la structure même de cette immense accumulation de détritus.
Les travaux prévoient notamment la stabilisation du massif de déchets, l’installation d’une couverture étanche, l’aménagement d’un système de drainage ainsi que la mise en place de dispositifs de captage et de traitement des gaz.
Ces différentes interventions doivent permettre de limiter les risques d’effondrement, de prévenir les incendies et de réduire les phénomènes de pollution susceptibles de continuer à affecter l’environnement et les populations.
La transformation du site en parc urbain végétalisé constituera l’aboutissement visible de cette opération. L’objectif est de faire émerger, sur cet espace longtemps associé à l’insalubrité, un nouvel environnement consacré à la verdure, aux loisirs et à la vie communautaire.
Mais pour le ministre Aboubacar Camara, la fermeture de Dar-es-Salam ne saurait, à elle seule, résoudre les difficultés structurelles de l’assainissement dans la capitale. La problématique des déchets exige une réponse globale, fondée sur un dispositif de financement pérenne et une organisation cohérente de toute la chaîne de gestion.
De la précollecte à la valorisation, en passant par la collecte, le transport et le tri, chaque maillon doit être renforcé pour éviter que les difficultés observées à Dar-es-Salam ne se reproduisent ailleurs.
Amadou Oury Bah promet un suivi personnel de l’exécution des travaux
Représentant le chef de l’État, le Premier ministre Amadou Oury Bah a inscrit la réhabilitation de Dar-es-Salam dans la vision de développement portée par le programme Simandou 2040. Il a notamment rappelé que les ambitions de transformation économique du pays devaient nécessairement s’accompagner d’une amélioration tangible des conditions de vie des citoyens.
Dans son intervention, le chef du gouvernement a insisté sur le caractère fondamental de la salubrité dans la construction d’un cadre de vie digne et protecteur. Il a également défendu le principe d’une égalité de traitement des populations face aux exigences de santé publique et de protection environnementale.

« La santé et le bien-être commencent aussi par un quartier salubre, un habitat protégé et des services publics réguliers. La même exigence de protection doit valoir pour tous, quelle que soit la condition sociale », a-t-il déclaré.
Au-delà de la réhabilitation proprement dite, Amadou Oury Bah a appelé à une refonte plus profonde du dispositif d’assainissement de Conakry. Il a notamment mis l’accent sur l’amélioration de la collecte, du transport et du traitement des déchets, tout en soulignant l’importance de renforcer les mécanismes de prévention des risques dans les zones urbaines.
Pour garantir la bonne conduite de l’opération, le Premier ministre a annoncé qu’il assurerait personnellement le suivi de l’exécution du chantier, en coordination avec les départements ministériels concernés et les autorités locales. Cette implication devra notamment permettre de veiller au respect des délais, à la qualité des interventions et aux exigences de protection environnementale.
Le chef du gouvernement a également insisté sur la nécessité de placer les populations riveraines au cœur du processus. Leur information régulière, leur participation et la prise en compte de leurs préoccupations devront constituer des éléments essentiels de la conduite du projet.

Une attention particulière devra, en outre, être accordée aux familles dont les habitations ou les moyens de subsistance pourraient être affectés par les mesures de sécurisation et de protection du site. Un accompagnement adapté est ainsi attendu pour éviter que la réhabilitation environnementale ne se fasse au détriment des populations directement concernées.
En conclusion, Amadou Oury Bah a rappelé la portée symbolique que le président de la République entend donner à cette transformation, en substituant à un lieu de souffrance un espace tourné vers le bien-être collectif.
« Le vœu du président de la République Mamadi Doumbouya, c’est de transformer cette plaie béante qui a endeuillé pendant des décennies plusieurs familles guinéennes en un espace de vie, de convivialité, de loisirs, d’espoir et de meilleure santé », a-t-il affirmé avant de procéder au lancement officiel des travaux.
Au-delà de Dar-es-Salam, le défi d’une nouvelle politique d’assainissement
Le lancement de ce chantier ouvre incontestablement une nouvelle perspective pour les habitants de Gbessia et, plus largement, pour l’ensemble des populations de Conakry. Mais l’importance des engagements annoncés impose désormais des résultats à la hauteur des attentes.
La réussite de cette opération ne se mesurera pas uniquement à la disparition progressive de l’immense décharge ou à l’aménagement d’un parc urbain. Elle dépendra également de la capacité des autorités à garantir durablement la sécurité des riverains, à prévenir toute nouvelle catastrophe et à mettre en place une véritable politique intégrée de gestion des déchets.
Après des décennies de nuisances et un lourd bilan humain, Dar-es-Salam est ainsi appelé à devenir le symbole d’une reconquête environnementale. Reste désormais à transformer cette ambition en réalité, dans le respect des engagements techniques, sociaux et environnementaux pris devant les populations guinéennes.
Abdoulaye Bouka Barry








