Le gouvernement guinéen accélère la transformation de son système universitaire. La ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, Diaka Sidibé, a lancé ce lundi à Conakry deux projets stratégiques destinés à renforcer l’adéquation entre les formations académiques et les besoins réels du marché du travail.
Cette double initiative s’inscrit dans la continuité des réformes engagées depuis 2022 pour faire de l’enseignement supérieur un levier de compétitivité économique et d’insertion professionnelle des jeunes diplômés.
Le premier projet porte sur la cartographie des compétences et des besoins en métiers, avec l’intégration des données dans un système d’information dynamique dénommé MPS30. Cet outil doit permettre d’identifier les secteurs porteurs, d’anticiper les besoins futurs en ressources humaines et d’orienter plus efficacement les politiques de formation.
Le second projet, baptisé MPS32, concerne la révision des contenus pédagogiques afin d’aligner les programmes universitaires sur les exigences du tissu économique national et international.
Pour la ministre Diaka Sidibé, ces réformes traduisent une ambition claire : placer le capital humain au cœur de la stratégie de développement du pays.
« La République de Guinée franchit une étape décisive vers la construction d’un système de formation à la hauteur de ses ambitions et de son potentiel », a-t-elle déclaré.

Des avancées, mais des défis persistants
Depuis 2022, la Guinée a engagé une refonte progressive de son enseignement supérieur. Plus de 140 programmes de formation ont déjà été co-construits avec l’appui d’experts nationaux et internationaux, tandis que plusieurs outils méthodologiques ont été élaborés pour améliorer la gouvernance universitaire.
Malgré ces avancées, plusieurs insuffisances demeurent : inadéquation entre les cursus et les besoins des entreprises, faible implication du secteur privé dans la définition des offres de formation, ainsi qu’un suivi encore limité de l’insertion professionnelle des diplômés.
« C’est précisément pour répondre à ces défis que nous lançons aujourd’hui ces deux projets », a souligné la ministre.
L’enjeu Simandou 2040
Ces initiatives s’intègrent également à la vision stratégique du programme Simandou 2040, qui vise à convertir les richesses naturelles du pays en opportunités durables pour la population, notamment à travers le développement des compétences nationales.
Selon les projections officielles, ce programme pourrait générer plus de 45 000 emplois directs et indirects d’ici 2030, dans un contexte où la croissance du PIB guinéen est estimée à 7,2 % en 2025, selon le FMI.
Un défi majeur : l’employabilité des diplômés
Le constat reste toutefois préoccupant. Les 48 institutions d’enseignement supérieur du pays forment chaque année plus de 15 000 diplômés, alors que le taux d’insertion professionnelle douze mois après l’obtention du diplôme plafonne à 30,96 %.

À travers le lancement de MPS30 et MPS32, les autorités espèrent inverser cette tendance et faire de l’université guinéenne un véritable moteur de croissance, d’innovation et d’emploi.
Zézé Enèma Guilavogui

