À l’occasion de la Journée mondiale de la radio, célébrée le 13 février autour du thème 2026 « L’intelligence artificielle : un outil, pas une voix », le doyen des journalistes guinéens, Amadou Diallo, a livré une analyse lucide et engagée sur l’évolution de la radio en Guinée, mêlant regard historique et réflexion prospective.
Invité de l’émission Le Grand Angle de la Radiotélévision Guinéenne, le vétéran des ondes est revenu sur le prestige d’antan de la radio nationale, tout en mettant en lumière les défis structurels, notamment financiers, auxquels fait aujourd’hui face le média public.
Évoquant ses débuts à la radio en 1986, alors étudiant à Conakry, Amadou Diallo a rappelé le caractère presque sacré que revêtait jadis la radio, perçue comme un média mythique, porté par des professionnels rares et hautement respectés.
« À l’époque, les journalistes étaient peu nombreux, discrets et respectés. On les imaginait presque à l’intérieur du poste radio », a-t-il confié, soulignant la rigueur éthique et professionnelle qui caractérisait cette génération.
De Radio Guinée à l’ère du pluralisme médiatique amorcé dans les années 2000, la radio nationale a accompagné les grandes mutations politiques du pays : période révolutionnaire, transition militaire, puis ouverture démocratique. Mais aujourd’hui, face à la montée en puissance du numérique et des réseaux sociaux, la radio traditionnelle se retrouve à la croisée des chemins.
« La radio ne va pas mourir, mais elle doit s’adapter, se réinventer et proposer des contenus en phase avec une population majoritairement jeune », a-t-il insisté.
Abordant le thème mondial de cette édition, Amadou Diallo a reconnu les apports de l’intelligence artificielle dans les pratiques journalistiques, tout en mettant en garde contre toute dérive technocentre.
« L’intelligence artificielle peut corriger un texte, accélérer un travail, améliorer un script. Mais elle ne remplacera jamais le reporter sur le terrain », a-t-il martelé, rappelant que l’essence du journalisme demeure l’enquête humaine, le contact direct avec la réalité et la responsabilité éditoriale.
Au-delà des mutations technologiques, le doyen a surtout pointé ce qu’il considère comme le nœud central du problème : la faiblesse du financement des médias publics, et en particulier de la RTG. Selon lui, l’insuffisance du budget de fonctionnement limite fortement la capacité de production éditoriale.
« Lorsqu’un média public dépend des ministères pour le transport, l’hébergement ou la logistique, il ne peut prétendre à une réelle indépendance journalistique », a-t-il dénoncé.
Pour Amadou Diallo, un média d’État moderne doit disposer de ressources propres lui permettant de déployer des équipes sur l’ensemble du territoire, de produire des magazines de fond et de diversifier ses contenus au-delà de la couverture strictement institutionnelle. Il plaide notamment pour des formats axés sur les questions de société, plus à même de susciter l’adhésion du public.
« Tant que la RTG ne bénéficiera pas d’un budget autonome et structuré, elle restera confinée à une couverture essentiellement administrative », a-t-il averti.
Selon lui, l’avenir de la radio guinéenne repose sur trois piliers essentiels :
l’adaptation technologique et l’hybridation numérique ;
la production de contenus attractifs, notamment à destination de la jeunesse ;
et surtout, une réforme budgétaire garantissant autonomie, crédibilité et professionnalisme.
« Sans moyens financiers, il n’y a pas de médias forts. Et sans médias forts, il n’y a pas d’espace public dynamique », a-t-il conclu.
À l’heure où la radio célèbre son rôle historique dans la construction des sociétés, ce plaidoyer sonne comme un appel pressant à doter la RTG des moyens nécessaires à sa modernisation, afin qu’elle demeure un pilier crédible et compétitif du paysage médiatique guinéen.
Hawa Thiam

