Dans un contexte de réformes structurelles du système éducatif guinéen, la formation continue des enseignants s’impose comme un levier stratégique de qualité et de performance.
Dans la commune de Matoto, la situation est d’autant plus préoccupante que les principales difficultés d’apprentissage se concentrent en mathématiques et en français. Même admis en classe supérieure, de nombreux élèves peinent encore à maîtriser ces disciplines fondamentales, révélant une crise persistante des apprentissages.
Face à ce constat, la Direction communale de l’Éducation fait du renforcement des capacités des enseignants une priorité absolue. Dans cet entretien exclusif accordé à rtgguinee.info, son directeur, Sékou Kaba, analyse les enjeux, les acquis et les perspectives d’une politique qu’il juge indispensable et irréversible pour l’avenir de l’école à Matoto.
Rtgguinee.info : La formation continue des enseignants constitue-t-elle une innovation dans le système éducatif guinéen ?
Sékou Kaba : La formation continue des enseignants est avant tout une exigence professionnelle. Elle permet d’actualiser les compétences pédagogiques, de stimuler l’innovation et de renforcer l’engagement des enseignants face aux nouvelles exigences du système éducatif. Aujourd’hui, améliorer la qualité de l’enseignement n’est plus un choix, mais une nécessité absolue.Notre mission quotidienne s’articule autour de la gestion des salles de classe, et lorsqu’on parle de salles de classe, on parle inévitablement des enseignants. Si la qualité de l’enseignement est assurée à ce niveau, c’est l’ensemble du système éducatif qui en bénéficie. La mise à jour permanente des méthodes pédagogiques, tout comme l’intégration progressive du numérique, enrichit considérablement les pratiques de classe. À cet égard, je tiens à saluer l’arrivée à la tête de notre département de M. Alpha Bakar Barry, à qui je souhaite plein succès. Dans son discours d’orientation, il a clairement affirmé que la formation continue demeure l’une des priorités majeures du département.
Quelles actions concrètes menez-vous à Matoto pour promouvoir cette formation continue ?
Depuis que j’ai l’honneur de diriger la Direction communale de l’Éducation de Matoto, nous organisons chaque année des sessions de formation au profit des délégués scolaires, des directeurs d’écoles, des enseignants du public et du privé, ainsi que des cadres éducatifs. Cette initiative est portée et coordonnée par la direction communale. Je tiens à rendre un hommage appuyé aux cadres qui m’entourent, aux directeurs d’écoles et aux enseignants qui acceptent de se soumettre à ces formations. Former ne signifie nullement que les enseignants manquent de compétences, mais qu’il est impératif d’améliorer en permanence la qualité de l’enseignement-apprentissage. À mes yeux, la formation continue relève d’une obligation de gestion, totale et irréversible.
Comment assurer la pérennité de cette initiative de formation continue ?
La première condition est la mobilisation des moyens. Les ressources ne s’obtiennent pas par hasard, il faut aller à leur recherche. Il ne faut pas toujours attendre l’État pour agir. Il est essentiel de solliciter les bonnes volontés, les personnes ressources, les entreprises et tous les partenaires susceptibles d’accompagner l’éducation.Ensuite, il faut être à la hauteur de la responsabilité qui découle d’un décret de nomination. Ce décret est sacré. Il ne confère pas seulement un honneur, mais impose surtout un devoir de rigueur, de sérieux et de transparence. C’est à ce prix que l’on peut avoir un impact réel et durable sur le service public.
Vous affirmez avoir stabilisé le système éducatif à Matoto. Quel est le secret de cette réussite ?
Le secret réside essentiellement dans l’écoute. Il faut être proche de ses cadres, les écouter attentivement et leur accorder la confiance nécessaire dans l’exécution des directives. Lorsque le travail est bien fait, il convient de le reconnaître et de féliciter. Lorsqu’il y a des insuffisances, il faut corriger, réorienter et accompagner, afin que le résultat soit à la hauteur des attentes. Nous poursuivons tous le même objectif : offrir un enseignement de qualité, à la satisfaction des parents d’élèves, des apprenants eux-mêmes et de l’ensemble des partenaires sociaux, notamment les APAE et les organisations syndicales. Une gestion inclusive et ouverte est indispensable.
Quel message adressez-vous aux enseignants récemment formés ?
Durant la formation, j’ai particulièrement insisté sur l’assiduité et le sérieux, et les enseignants ont pleinement adhéré à cette exigence. À leur retour, ils mettront à disposition l’ensemble des modules abordés, afin d’améliorer leur méthodologie d’enseignement au quotidien. Aujourd’hui, les principales difficultés se concentrent en mathématiques et en français. Même lorsque les élèves sont admis en classe supérieure, ces deux disciplines demeurent problématiques. Il est donc indispensable de renforcer les capacités des enseignants dans ces domaines stratégiques.Nous nous inscrivons dans un projet de développement à long terme, déjà engagé à l’horizon 2040. Les élèves qui fréquentent aujourd’hui les salles de classe seront les acteurs de demain. S’ils ne sont pas suffisamment bien formés, le pays sera contraint de recourir à une main-d’œuvre étrangère, ce que les plus hautes autorités s’efforcent d’éviter. La clé réside dans une gestion efficace des ressources humaines, à commencer par les enseignants.
Interview réalisé par ZézéEnèmaGuilavogui

