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Guinée

Lambanyi : le retour des déguerpis replonge les usagers dans les embouteillages 

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À peine les opérations de déguerpissement achevées, les étals refont surface. À Lambagny, le carrefour menant vers l’Université Kofi Annan de Guinée replonge dans le désordre. En cause : la réinstallation progressive des vendeuses de fruits, pourtant évacuées il y a quelques semaines dans le cadre de la libération des emprises publiques. Une situation qui indigne les usagers et remet en question l’autorité des décisions municipales.

Les vieilles habitudes ont la peau dure. Et à Lambagny, elles semblent plus résistantes que les arrêtés communaux. Alors que plusieurs communes de la capitale maintiennent une surveillance stricte pour empêcher toute réoccupation des zones déguerpies, ce tronçon stratégique connaît un inquiétant retour en arrière.

Sous les arbres et aux abords immédiats du carrefour, les tables chargées d’ananasipples, bananes, papayes et oranges sont à nouveau visibles. Un décor familier, mais aux conséquences bien réelles : ralentissements interminables, embouteillages quotidiens et mise en danger des piétons. Ce carrefour, déjà saturé aux heures de pointe, voit sa fluidité compromise par cette occupation anarchique.

Un retour facilité par des complicités ?

Sous couvert d’anonymat, une vendeuse reconnaît que leur retour n’est pas fortuit.

« Après notre déguerpissement, nous avons sollicité un responsable de la commune. Il nous a demandé d’attendre le moment opportun. La semaine dernière, il nous a donné son feu vert pour revenir vendre nos fruits », confie-t-elle.

Des propos graves, qui laissent entendre l’existence d’un appui interne au sein de la délégation spéciale. Selon notre interlocutrice, un système bien rodé permettrait d’échapper aux contrôles de la brigade communale et des forces de sécurité.

« Avant, nos tables restaient ici jour et nuit. Maintenant, nous les installons le matin et les retirons le soir. Et parfois, nous trouvons des arrangements pour ne pas être inquiétées », explique-t-elle.

Ces révélations, si elles sont avérées, soulèvent de sérieuses interrogations sur la cohérence et la crédibilité de l’action publique. Comment expliquer qu’une zone officiellement libérée redevienne, en quelques jours, un marché à ciel ouvert ?

Entre détresse sociale et désordre urbain

Les commerçantes invoquent la nécessité de survivre.

« Nous avons des enfants à nourrir. C’est notre seul métier. On ne peut pas nous déguerpir sans nous proposer un autre endroit », plaide la vendeuse.

L’argument social est réel. Mais peut-il justifier l’occupation illégale d’un axe routier majeur au détriment de milliers d’usagers ? La question divise.

Contacté ce vendredi 20 février 2026, le président de la délégation spéciale de Lambagny, Fafanbari Manet, reconnaît que des discussions sont en cours pour un éventuel recasement.

« Nous réfléchissons à une solution. Il ne s’agit pas de les enlever sans leur montrer un point de chute. Avant tout, ce sont nos sœurs, ce sont des Guinéennes », affirme-t-il, évoquant une rencontre prévue avec le Premier ministre sur la question.

Un discours conciliant, mais qui peine à rassurer les riverains, excédés par le retour des bouchons et l’impression d’un relâchement de l’autorité.

Un précédent dangereux pour Conakry

La situation de Lambagny pourrait faire école. Si la réoccupation des zones déguerpies devient tolérée, voire négociée, c’est l’ensemble de la politique de libération des emprises publiques à Conakry qui risque de vaciller.

Les autorités, notamment le gouvernorat de la capitale, ont pourtant affiché leur détermination à désengorger les axes routiers. Mais sur le terrain, le retour progressif des étals interroge : la fermeté annoncée résistera-t-elle aux pressions sociales et aux arrangements locaux ?

En attendant une décision claire et définitive, les automobilistes continuent de perdre patience dans des embouteillages interminables. Et Lambagny donne le signal d’un inquiétant recul, où l’autorité publique semble céder face à la rue.

Abdoulaye Bouka Barry

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