À l’approche des élections communales et législatives du 31 mai, le Conseil national des organisations de la société civile guinéenne (CNOSCG), en partenariat avec la Direction générale des élections (DGE), a engagé une vaste tournée de sensibilisation et de communication dans la région administrative de N’Nzérékoré. Une initiative d’envergure visant à prévenir les violences et à consolider la paix dans une zone historiquement sensible lors des échéances électorales.
Fidèle à sa mission de promotion du vivre-ensemble et de la cohésion sociale, le CNOSCG sillonne depuis plusieurs jours les localités de la région forestière afin d’exhorter les citoyens à adopter des comportements responsables avant, pendant et après le scrutin.

L’objectif est clair : promouvoir la paix dans cette partie du pays souvent marquée par des crispations électorales et informer les citoyens sur les différents types de scrutins en cours.
Le lancement officiel de cette campagne s’est tenu à la Maison des jeunes de N’Nzérékoré, en présence des autorités administratives, des acteurs locaux et de représentants des différentes préfectures. À cette occasion, le président du CNOSCG, Gabriel Haba, a longuement justifié la pertinence de cette démarche de proximité.

« Comme vous le savez, la société civile, tout comme la Direction générale des élections (DGE), œuvre pour une bonne organisation des futures élections communales et législatives. La région administrative de N’Nzérékoré a toujours été une zone où des politiques mal ont utilisé dans le passé pour atteindre leur objectif. Vous savez, les périodes électorales, surtout les élections de proximité que sont les communales, sont des moments qui fragilisent la paix.Parce que ce sont des élections qui opposent des citoyens relevant d’une même localité, d’une même commune. Ce sont des élections pendant lesquelles ceux qui ont l’habitude de manger ensemble, de travailler ensemble, certains parmi eux veulent devenir maires pour diriger les autres. Des frères et des sœurs peuvent être opposés, parce que chacun veut être maire ou député.
Alors, s’il n’y a pas une éducation civique et électorale, ces personnes peuvent être divisées et cela peut déboucher sur la violence. Elles peuvent ne plus se parler dans la vie, à cause de la conquête du pouvoir communal ou de la députation.

Donc, notre présence ici, c’est de mobiliser toute cette population, représentée par les six préfectures de la région forestière, pour l’inviter à préserver la paix, le vivre-ensemble et la quiétude sociale avant, pendant et après ces prochaines élections. C’est pourquoi le CNOSCG et la DGE ont décidé d’organiser cette tournée de sensibilisation et de communication dans la région administrative de N’Nzérékoré pour les outiller sur les notions de non-violence, les former à la communication sur les questions électorales, à la communication pour la non-violence et en faveur de la paix.
Nos animateurs vont sillonner les quartiers, les concessions, les communes, jusque dans les sous-préfectures, pour parler de la paix et de la quiétude sociale. Cette tournée consiste également à aller à la rencontre des citoyens de la région de N’Nzérékoré pour les sensibiliser à la non-violence. »
Au-delà de la prévention des conflits, cette tournée vise également à renforcer la compréhension des mécanismes électoraux, notamment dans le cadre du double, voire triple scrutin.
« Nous mettrons également à profit cette tournée pour parler du triple scrutin, parce qu’au niveau des élections législatives, il y a le scrutin des listes nationales à la représentation proportionnelle et aussi ce qu’on appelle les scrutins uninominaux ou plurinominal. Cela signifie que nos citoyens n’ont pas l’habitude de participer à des élections cumulées. Nous avons le devoir de leur expliquer comment ce processus va se dérouler et de les amener à faire la différence entre les différents types de scrutin lors du vote. »
Insistant sur les leçons du passé, Gabriel Haba a appelé à rompre avec les logiques de manipulation politique.
« Pour qui connaît la région de N’Nzérékoré, il est impératif de se lever à temps pour expliquer aux citoyens la nécessité d’œuvrer pour la paix. N’zérékoré a été longtemps fragilisée par la manipulation politique. C’est une région dont certains politiques se sont servis dans le passé pour se hisser au sommet de l’État, au détriment de ses intérêts.Il faut rappeler ces réalités pour dire que nous n’avons plus intérêt à nous opposer violemment, à nous quereller ou à rompre le dialogue, parce que tel ou tel est candidat. L’ethnie doit désormais rester derrière nous, comme on a pu le constater lors du référendum et de l’élection présidentielle passée. Cela montre que N’Nzérékoré a compris.Nous devons consolider cette prise de conscience pour éviter que ceux qui aspirent à diriger les communes ou à siéger à l’Assemblée nationale n’utilisent les populations à mauvais escient.»

Dans la même dynamique, un appel solennel a été lancé à l’endroit des candidats.
« Aucun candidat ne doit accepter, qu’il soit en tête de liste ou non, d’opposer les citoyens. Même si une autre liste prend de l’avance, vous n’avez pas besoin de diffuser des messages de violence. Les candidats doivent refuser toute forme de violence et adopter des méthodes pacifiques et légales, permettant le respect des droits de chacun, sans recours à la violence. »
Représentant le gouverneur de la région administrative de N’Nzérékoré, le directeur régional de l’administration du territoire, Moussa Kanas Koivogui, a salué une initiative qu’il juge essentielle pour la stabilité du pays.

« Le processus électoral constitue l’un des fondements essentiels de tout État démocratique. Il traduit l’expression libre et souveraine de la volonté du peuple. À ce titre, il doit être protégé de toute forme de tension, de manipulation ou de violence. C’est pourquoi l’initiative que nous lançons aujourd’hui revêt une importance capitale. Cette campagne de communication et de sensibilisation poursuit un objectif clair : promouvoir un climat de paix, de confiance et de responsabilité avant, pendant et après les échéances électorales. Elle s’inscrit dans une démarche inclusive, participative et pédagogique visant à toucher toutes les couches de notre société. » , Avant de lancer un appel à la responsabilité collective :« J’en appelle à tous les acteurs politiques, administratifs, aux forces de défense et de sécurité, aux médias et aux citoyens à unir leurs efforts pour faire de nos élections un modèle de transparence, de crédibilité et surtout de paix. Ensemble, privilégions le dialogue à la confrontation, la vérité à la rumeur et l’unité à la division. »

À travers cette tournée, le CNOSCG et la DGE réaffirment leur engagement à faire des élections du 31 mai un moment de consolidation démocratique, dans un climat apaisé où la paix demeure la priorité absolue.
Depuis N’Nzérékoré, Abdoulaye Bouka Barry

