Après plusieurs années de relations marquées par des tensions et des incompréhensions diplomatiques, la Guinée et la Guinée-Bissau amorcent un rapprochement d’envergure. Réunis ce jeudi soir à Conakry, les Premiers ministres des deux pays ont affiché leur volonté commune de relancer une coopération bilatérale ambitieuse, fondée sur les priorités énergétiques, sécuritaires et économiques de la sous-région.
Au terme d’une visite officielle de 48 heures en République de Guinée, le chef du gouvernement bissau-guinéen, Ílidio Vieira Té, et son homologue guinéen, Amadou Oury Bah, ont entériné cette nouvelle dynamique lors d’une conférence de presse conjointe organisée à la Primature.
La fin d’une période d’incertitudes diplomatiques
Le Premier ministre guinéen n’a pas occulté les turbulences ayant affecté les relations entre les deux capitales ces dernières années. Évoquant une phase de « clair-obscur », Amadou Oury Bah a insisté sur la nécessité d’ouvrir un nouveau chapitre fondé sur la confiance mutuelle et les intérêts communs.
« Nous assisterons à une véritable relance des relations entre nos deux pays frères », a-t-il déclaré.

Dans cette perspective, il a annoncé la tenue prochaine de la Grande commission mixte guinéo-bissau-guinéenne, cadre institutionnel appelé à formaliser les futurs accords de coopération.
L’énergie, priorité immédiate du nouveau partenariat
Parmi les dossiers au centre des discussions figure la question énergétique, essentielle pour la Guinée-Bissau, qui bénéficie déjà d’un appui guinéen dans son approvisionnement en électricité.
Ílidio Vieira Té a salué un geste qu’il considère comme un symbole fort de solidarité régionale, tout en plaidant pour des solutions durables.
« Notre objectif n’est pas de rechercher des solutions ponctuelles », a-t-il souligné.
Le dirigeant bissau-guinéen a insisté sur la nécessité de bâtir un partenariat énergétique structuré, capable d’assurer la stabilité du réseau électrique de son pays sur le long terme.
Corridors routiers, ports et sécurité : une vision commune
Au-delà de l’énergie, les deux gouvernements entendent faire de leur frontière commune un espace de croissance et d’intégration régionale. Plusieurs axes prioritaires ont été identifiés :
le développement de corridors routiers pour faciliter la circulation des biens et des personnes ;
la modernisation des infrastructures portuaires afin de dynamiser les échanges commerciaux ;
le renforcement de la coopération sécuritaire, notamment à travers le partage de renseignements entre les forces armées des deux pays.
Cette approche traduit une volonté claire de transformer la proximité géographique en levier stratégique pour l’ensemble de la sous-région.
Un signal fort pour l’intégration ouest-africaine
En conclusion de cette rencontre, Ílidio Vieira Té a résumé l’esprit de ce rapprochement en des termes porteurs d’espoir :
« Lorsque deux pays frères dialoguent dans la confiance, les défis cessent d’être des obstacles et deviennent des chemins vers des solutions partagées. »

Ce regain de coopération entre Conakry et Bissau pourrait avoir des répercussions bien au-delà des frontières nationales. Il est susceptible de redynamiser l’espace de l’Organisation pour la mise en valeur du fleuve Gambie (OMVG) et de renforcer les mécanismes d’intégration économique en Afrique de l’Ouest.
Avec ce nouveau cap diplomatique, la Guinée et la Guinée-Bissau choisissent clairement la voie du pragmatisme, de la solidarité et de l’avenir partagé.
Hawa Thiam

