Le Ministère de l’Économie, des Finances et du Budget a abrité une concertation nationale de haut niveau, réunissant les principaux acteurs de l’écosystème économique et financier guinéen. Membres du gouvernement, opérateurs du secteur privé, institutions bancaires, organisations patronales et représentants du monde agricole ont conjugué leurs expertises pour dégager des pistes concrètes en faveur d’une croissance plus inclusive et durable.
Au centre des débats, le gouverneur de la Banque Centrale de la République de Guinée (BCRG), Karamo Kaba, a présenté un diagnostic globalement encourageant, tout en mettant en exergue une fragilité structurelle persistante de la faible bancarisation de l’économie.
« Seulement 4 billets sur 10 émis retournent dans le circuit bancaire », a-t-il révélé, pointant ainsi une circulation fiduciaire encore largement en dehors du système formel, avec des implications directes sur l’efficacité de la politique monétaire.

Pour le président de la Chambre de Commerce, d’Industrie et d’Artisanat de Guinée (CCIAG), Mamadou Baldé, cette initiative gouvernementale constitue un jalon important dans le renforcement du dialogue public-privé.
« Cette concertation marque une étape importante pour renforcer le dialogue public-privé », a-t-il salué, tout en plaidant pour une meilleure allocation des devises en faveur des banques commerciales et un rôle accru du secteur privé dans la dynamique économique nationale.

Les travaux ont abouti à une série de recommandations structurantes visant à moderniser le système financier et à restaurer la confiance des acteurs. Parmi les priorités identifiées figurent notamment la digitalisation et l’optimisation du switch national, le renforcement de l’encadrement des opérations en devises, l’amélioration de l’accès des épargnants à leurs fonds, ainsi que l’accélération des paiements électroniques et de la bancarisation des salaires. L’apurement de la dette intérieure et le rétablissement d’un climat de confiance entre les différents intervenants ont également été soulignés comme des leviers essentiels.
Dans cette dynamique, le directeur de l’Association Professionnelle des Banques et Établissements de Crédit de Guinée (APB) a insisté sur l’impératif de renforcer la sensibilisation des populations.
« Il est urgent de restaurer la confiance des citoyens envers le système bancaire afin de favoriser une bancarisation à grande échelle », a-t-il déclaré.

De son côté, la Chambre nationale d’Agriculture a tiré la sonnette d’alarme sur les retards de paiement dans le secteur agricole, identifiés comme un frein majeur à la productivité et à la compétitivité.
Clôturant les travaux, la ministre de l’Économie et des Finances, Mariama Ciré Sylla, a rappelé la portée stratégique de cette concertation inclusive.
« Cette rencontre doit permettre d’aligner les actions de tous les acteurs pour bâtir un système économique plus robuste et plus inclusif », a-t-elle affirmé, invitant l’Association Professionnelle des Banques en Guinée à renforcer sa synergie avec la Banque centrale et à élargir la concertation à l’ensemble des parties prenantes.

La ministre a par ailleurs mis en garde contre les incertitudes liées au contexte international, notamment les tensions géopolitiques au Moyen-Orient, susceptibles d’affecter les prix du carburant et, par ricochet, ceux des matières premières.
Au-delà des constats, cette concertation nationale s’impose comme un tournant. Elle ouvre la voie à des réformes concrètes orientées vers l’accélération de la bancarisation, la promotion des paiements électroniques et le renforcement de la résilience économique. Autant de chantiers que les autorités entendent désormais traduire en actions pour bâtir un système financier plus performant, au service du développement durable de la Guinée.
HawaThiam

