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Guinée

Assainissement en Guinée : Aboubacar Camara plaide pour une révolution des mentalités et annonce de profondes réformes du secteur

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« Même 300 millions de dollars ne suffiraient qu’à répondre à l’urgence ». C’est l’un des messages forts délivrés par le ministre de l’Assainissement, de l’Hydraulique et des Hydrocarbures, Aboubacar Camara, lors de la conférence de presse qu’il a animée ce lundi 8 juin 2026 à Conakry.

Face aux médias, le ministre a dressé un état des lieux sans complaisance du secteur de l’assainissement en Guinée. Entre déficit de financement, faibles capacités de collecte des déchets, croissance urbaine accélérée et nécessité d’un changement profond des comportements, Aboubacar Camara a détaillé la vision du gouvernement pour transformer durablement un secteur qu’il considère comme l’un des piliers du développement du pays.

Une refonte des politiques publiques pour répondre aux nouveaux défis

Dès l’entame de son intervention, le ministre a souligné l’impérieuse nécessité d’actualiser les instruments stratégiques qui encadrent le secteur. Selon lui, les politiques élaborées par le passé doivent désormais intégrer les nouvelles ambitions nationales, notamment celles portées par le programme Simandou 2040.

Introduisant cette réforme, il a insisté sur l’importance d’adapter les orientations publiques aux réalités sociologiques et économiques du pays.

« Nous avons trouvé que nos prédécesseurs ont travaillé sur une politique, mais aujourd’hui il faut la mettre à jour, en prenant en compte le programme Simandou 2040 et les réalités auxquelles il faut faire face. Souvent, on fait du copier-coller dans nos politiques, mais pour concevoir une politique, il faut prendre en compte les mentalités de la population, toucher plusieurs leviers pour amener les gens à adopter ou à changer de comportement. Nous sommes en train aujourd’hui de mettre à jour la politique et le schéma directeur. Le schéma directeur, c’est ce qui permet d’investir », a-t-il précisé.

Des besoins financiers colossaux face à l’ampleur des défis

Le ministre a également tenu à relativiser l’impact des financements souvent annoncés dans le secteur. À ses yeux, les montants évoqués par les partenaires techniques et financiers restent loin des besoins réels pour amorcer une transformation durable du système d’assainissement.

« Quand on pose la question : quel est le montant qu’il vous faut pour résoudre la question de l’assainissement ? Je le disais la fois dernière à un expert, même si on a 200 millions de dollars aujourd’hui, ou si la Banque mondiale, l’UNICEF ou d’autres partenaires donnent 300 millions de dollars, c’est un investissement d’urgence. Alors, on n’a même pas encore commencé à faire le travail », a-t-il déclaré.

Le changement des comportements, principal défi du secteur

Au-delà des infrastructures et des financements, Aboubacar Camara estime que la réussite de toute politique d’assainissement repose avant tout sur l’évolution des comportements citoyens.

Pour lui, plusieurs décennies de mauvaises pratiques ont profondément marqué les habitudes collectives, rendant les réformes particulièrement complexes.

« Parce que si vous prenez tout simplement la question du changement de comportement, c’est le plus difficile. Et cela demande beaucoup de communication, que ce soit avec les médias privés, les journalistes, les associations, les ONG, les groupements… Les habitudes qui ont été ancrées depuis une quarantaine d’années, pour changer ces habitudes, c’est un problème », a-t-il souligné.

Transformer les déchets en richesse

Le ministre a par ailleurs défendu une approche économique de la gestion des déchets. Selon lui, les ordures ne doivent plus être perçues uniquement comme une nuisance, mais comme une ressource susceptible de créer de la valeur et des emplois.

Pour atteindre cet objectif, il plaide pour le développement d’unités industrielles capables de transformer les déchets tout en assurant leur rentabilité économique.

« De l’autre côté, pour que les gens comprennent que les ordures, c’est de l’or qui dure, il faut que nous puissions mettre en place des unités de transformation. Mais lorsqu’on les met en place, il faut aussi leur trouver des débouchés », a-t-il ajouté.

Vers un financement durable des collectivités locales

Conscient des limites actuelles du système, le ministre a reconnu que les efforts engagés par l’État demeurent insuffisants au regard de l’ampleur des besoins.

Il a ainsi annoncé une réflexion approfondie sur la création de mécanismes financiers pérennes destinés à soutenir les collectivités locales dans leurs missions quotidiennes d’assainissement.

« Les efforts entrepris restent importants, mais ils demeurent insuffisants face à l’ampleur des défis. C’est pourquoi nous avons engagé une réflexion sur la mise en place de mécanismes financiers durables pour soutenir les collectivités locales dans leurs missions d’assainissement.

Cette question n’est pas nouvelle. Depuis plusieurs années, avec différents responsables du secteur, nous travaillons à identifier des solutions permettant de mobiliser des ressources régulières afin d’aider les collectivités à rémunérer les agents de nettoyage, les éboueurs et à assurer le fonctionnement des équipements de collecte », a-t-il rappelé.

Un système de collecte confronté à ses limites

Abordant la situation opérationnelle du secteur, Aboubacar Camara a dressé le constat d’un dispositif de collecte encore fragile, porté essentiellement par des PME dont les capacités peinent à suivre le rythme de l’expansion urbaine.

« En principe, le ramassage des déchets relève des PME spécialisées. Toutefois, la réalité du terrain montre que leurs capacités restent limitées. Avec l’extension des quartiers et la croissance démographique, les moyens disponibles n’ont pas suivi les besoins », a-t-il expliqué.

Cette insuffisance oblige souvent les collectivités territoriales à intervenir directement pour maintenir un minimum de salubrité dans les espaces publics.

« Face à cette situation, les collectivités sont contraintes d’intervenir pour compléter leur action et procéder elles-mêmes au nettoyage des espaces publics et à l’évacuation des déchets accumulés », a-t-il indiqué.

Près de 1 000 tonnes de déchets échappent chaque jour au système officiel

Le Grand Conakry concentre aujourd’hui l’essentiel des préoccupations du département en charge de l’assainissement. Selon les chiffres révélés par le ministre, l’écart entre la production quotidienne de déchets et les capacités de collecte demeure considérable.

« Aujourd’hui, dans le Grand Conakry, près de 3 000 tonnes de déchets sont produites chaque jour. Pourtant, seulement entre 1 800 et 2 000 tonnes sont effectivement collectées. Près d’un millier de tonnes échappent donc au système officiel de collecte », a-t-il révélé.

Une situation qui favorise la prolifération de circuits parallèles de collecte, souvent dépourvus d’encadrement et de contrôle.

« Cette insuffisance a favorisé le développement d’un secteur informel. Des jeunes proposent aux ménages de récupérer leurs déchets contre une modeste rémunération. Faute d’infrastructures adaptées et de contrôle, ces déchets sont parfois abandonnés dans des dépotoirs sauvages », a-t-il déploré.

Une réforme ambitieuse pour bâtir un système plus performant

Pour conclure, le ministre de l’Assainissement, de l’Hydraulique et des Hydrocarbures a réaffirmé la détermination du gouvernement à engager une réforme structurelle du secteur, articulée autour du renforcement des capacités, de la stabilité du financement et d’une meilleure coordination entre les différents acteurs.

« C’est pourquoi la réforme engagée vise à renforcer les capacités des acteurs, à mettre en place un financement stable et à améliorer la coordination entre les PME, les collectivités et les services de l’État, afin d’offrir aux populations un service d’assainissement plus efficace, durable et adapté aux besoins du Grand Conakry et de l’ensemble du pays », a-t-il conclu.

Au terme de cette conférence de presse, Aboubacar Camara a esquissé les contours d’une réforme qu’il veut à la fois structurelle et durable. Entre la modernisation des politiques publiques, la mobilisation de financements conséquents, le renforcement des capacités des acteurs et la promotion d’un changement de comportement à grande échelle, le gouvernement entend s’attaquer aux causes profondes des difficultés qui minent le secteur de l’assainissement. Un chantier de longue haleine que le ministre présente comme une condition indispensable pour accompagner la croissance urbaine du pays et améliorer durablement le cadre de vie des populations.

Zeze Enema Guilavogui

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