Fête du 2 octobre : des jeunes interpellent leur génération : « L’avenir, c’est aujourd’hui »
À dix jours du 68ᵉ anniversaire de l’indépendance de la Guinée, le 2 octobre 2026, la célébration de la fête nationale nourrit déjà la réflexion...

À dix jours du 68ᵉ anniversaire de l’indépendance de la Guinée, le 2 octobre 2026, la célébration de la fête nationale nourrit déjà la réflexion de plusieurs citoyens. Interrogés ce mardi 22 septembre par la rédaction du site rtgguinee.info, ils voient dans cette commémoration bien plus qu’un rendez-vous festif : un moment de mémoire, de rassemblement et surtout de responsabilité. Au cœur des messages : la nécessité pour la jeunesse de se former, de prendre des initiatives et de participer pleinement à la transformation du pays.

Le 2 octobre occupe une place particulière dans la mémoire collective guinéenne. Soixante-huit ans après l’accession du pays à l’indépendance, cette date continue de rappeler le choix historique fait en 1958 et le combat des générations qui ont porté la Guinée vers la souveraineté.
Mais au-delà de la mémoire, que signifie aujourd’hui cette indépendance pour les nouvelles générations ? À l’approche de la fête nationale, plusieurs citoyens invitent à déplacer le regard : célébrer le passé, certes, mais surtout réfléchir aux responsabilités du présent.
« L’avenir, c’est aujourd’hui »
Pour Aboubacar Junior Camara, journaliste-reporter à la Télévision nationale, le 2 octobre doit être l’occasion d’adresser un message clair à la jeunesse guinéenne.

Il rappelle que les acteurs de l’indépendance de 1958 étaient eux-mêmes jeunes au moment où ils ont porté ce combat.
« C’est une fierté pour nous de célébrer cette fête nationale qui démontre notre souveraineté. Mais c’est la jeunesse qui a pris l’indépendance ici en 1958. Ahmed Sékou Touré et toute son équipe étaient jeunes. »
De ce constat, il tire un appel à l’action. Pour lui, les jeunes ne doivent plus considérer leur contribution au développement comme une perspective lointaine.
« Je ne voudrais pas que les gens continuent à mettre dans la tête de la jeunesse que l’avenir, c’est nous. L’avenir, c’est aujourd’hui, ce n’est pas demain. »
Formation, apprentissage, entrepreneuriat et acquisition d’expérience constituent, selon lui, des moyens concrets pour sortir de l’attentisme.
Il encourage notamment les jeunes à rechercher l’expérience auprès de professionnels confirmés, quel que soit leur domaine d’activité.
« Personne ne peut parachuter son développement. Il faut passer d’un point A à un point B, suivre un exemple de réussite pour que demain tu puisses être rentable pour ce pays. »
Une démarche qu’il juge d’autant plus nécessaire dans un contexte marqué par l’annonce de grands projets de développement.
Simandou 2040 : la bataille des compétences
Le projet Simandou 2040 est, à ses yeux, une illustration des opportunités mais aussi des exigences qui attendent la jeunesse guinéenne.
Pour Aboubacar Junior Camara, la question ne sera pas seulement de disposer d’une main-d’œuvre nationale, mais de pouvoir compter sur des compétences capables de répondre aux besoins des différents secteurs.
« On a besoin de main-d’œuvre, mais de la main-d’œuvre compétente, consciente. À compétence égale, la main-d’œuvre locale est forte. Mais lorsque les autres sont plus formés que vous, lorsque les autres sont plus responsables que vous, comment voulez-vous travailler à leur place alors que ce sont eux qui disposent de la compétence ? »
D’où son appel à une prise de conscience collective.
« Nous demandons donc à la jeunesse, à l’occasion de cette fête nationale, de se remettre en cause pour dire que le pays, c’est nous. Tout le monde doit se sentir comme propriétaire de ce pays. »
Pour lui, le véritable enjeu est de transformer l’énergie de la jeunesse en capacité d’action.
Le 2 octobre, une fête qui rassemble au-delà des différences
Pour Anne Isabelle Lamah, la célébration de l’indépendance doit également préserver sa dimension symbolique et rassembleuse.

Elle estime que les festivités ne doivent pas faire oublier le sens historique du 2 octobre.
« L’indépendance ne doit pas se limiter à une simple célébration. Elle doit surtout nous rappeler les raisons pour lesquelles nos anciens, nos vaillants devanciers, se sont battus pour que nous soyons libres aujourd’hui. »
La fête nationale représente, selon elle, un patrimoine commun qui doit transcender les appartenances communautaires et religieuses.
« L’indépendance appartient à tous. Ce n’est ni une question d’ethnie ni de religion. C’est une journée que nous devons commémorer ensemble. »
Elle souhaite également que la célébration soit l’occasion de mettre davantage en valeur l’identité culturelle guinéenne, notamment à travers les tissus et le patrimoine vestimentaire.
« Nous pouvons aussi valoriser nos tissus traditionnels et notre patrimoine vestimentaire. L’essentiel est que, par notre habillement, nous puissions montrer que nous célébrons une journée véritablement spéciale pour notre pays. »
Le capital humain au cœur du développement
Cette réflexion sur l’avenir rejoint celle de Maxime Gbago Guilavogui, assistant aux ressources humaines à la RTG. Pour lui, l’indépendance politique doit nécessairement s’accompagner d’une capacité nationale à transformer les ressources du pays en véritables opportunités de développement.

La Guinée dispose, rappelle-t-il, d’importantes richesses minières, agricoles et pastorales. Mais ces potentialités ne sauraient produire pleinement leurs effets sans des ressources humaines qualifiées.
« Pour valoriser pleinement ces ressources, nous avons besoin de femmes et d’hommes capables, engagés et dotés d’un véritable sens de la responsabilité. C’est pourquoi le capital humain doit occuper une place centrale dans la construction de notre pays. »
Il appelle ainsi à renforcer les politiques et les initiatives consacrées à la formation et au développement des compétences.
« Une nation véritablement indépendante est une nation capable de compter sur ses propres compétences pour transformer ses richesses en opportunités de développement. »
Son message s’adresse aussi bien aux citoyens qu’aux autorités : investir dans les compétences nationales doit, selon lui, constituer une priorité dans la marche du pays.
De la mémoire à l’action
À travers ces différents témoignages, une même préoccupation se dessine : comment donner aujourd’hui un contenu concret à l’héritage de l’indépendance ?
La réponse passe, pour les personnes interrogées, par plusieurs impératifs : préserver la mémoire historique, consolider l’unité nationale, renforcer la formation, développer les compétences et encourager chaque citoyen à prendre part à la construction du pays.
La jeunesse apparaît naturellement au premier plan de cette dynamique. Non pas seulement comme bénéficiaire des politiques publiques ou comme génération appelée à prendre la relève, mais comme une force appelée à agir dès maintenant.
À dix jours du 2 octobre, le message dépasse donc la seule célébration. Il invite à faire de la fête nationale un moment de fierté, mais aussi d’introspection et d’engagement.
Zézé Enèma Guilavogui








