Fiscalité du tabac : la Guinée pousse pour une harmonisation renforcée au sein de la CEDEAO
Conakry accueille, ce lundi 10 août 2026, une importante rencontre régionale consacrée à l’avenir de la fiscalité du tabac dans l’espace CEDEAO. États membres, institutions...

Conakry accueille, ce lundi 10 août 2026, une importante rencontre régionale consacrée à l’avenir de la fiscalité du tabac dans l’espace CEDEAO. États membres, institutions communautaires et partenaires techniques sont réunis pour examiner la directive de 2017 relative aux droits d’accise sur les produits du tabac et réfléchir aux moyens de l’adapter aux mutations du secteur.
Réunis ce lundi, les représentants des États membres de la CEDEAO, les institutions communautaires ainsi que les partenaires techniques et financiers se penchent sur la révision de la directive communautaire de 2017 consacrée aux droits d’accise sur les produits du tabac.
Au cœur des échanges : la nécessité de rendre les politiques fiscales plus cohérentes, plus efficaces et davantage adaptées aux transformations rapides du marché des produits du tabac et de la nicotine.
L’apparition de nouveaux produits à base de nicotine, conjuguée à la persistance du commerce illicite, impose en effet une réévaluation des dispositifs existants. Les participants entendent notamment examiner les mécanismes de taxation, renforcer les dispositifs de contrôle et améliorer la mobilisation des recettes fiscales dans l’ensemble de l’espace communautaire.
Prenant la parole au nom de la Guinée, la ministre de l’économie, des finances et du budget Mariama Ciré Sylla a réaffirmé l’engagement de Conakry en faveur d’une évolution substantielle du cadre fiscal communautaire. Pour les autorités guinéennes, la révision de la directive doit tenir compte des mutations du secteur, notamment de l’essor des nouveaux produits à base de nicotine.
« La Guinée reste engagée en faveur d’une réforme ambitieuse, intégrant les nouveaux produits à base de nicotine, renforçant les mécanismes de contrôle et permettant une mobilisation plus efficace des recettes », a-t-elle indiqué.
Au-delà de la seule question de la taxation, la ministre a insisté sur l’enjeu d’une véritable convergence des politiques fiscales entre les États membres. Une harmonisation effective apparaît, selon elle, comme un levier essentiel pour éviter les distorsions entre marchés nationaux et renforcer la lutte contre les circuits de distribution illicites.

« L’harmonisation fiscale effective dans l’espace CEDEAO doit permettre de mieux protéger les populations, de lutter contre le commerce illicite et de soutenir le financement du développement », a-t-elle souligné.
La Commission de la CEDEAO partage cette volonté d’une plus grande convergence des politiques fiscales. L’institution régionale plaide pour une meilleure harmonisation des régimes applicables aux produits du tabac dans les États membres.
Elle préconise également une évaluation approfondie de la mise en œuvre de la directive adoptée en 2017, afin d’identifier ses insuffisances et de dégager des mesures concrètes face aux nouvelles réalités du secteur, notamment l’ampleur du commerce illicite.
L’enjeu est de taille pour les États de la région. Les écarts de fiscalité entre pays peuvent en effet favoriser les pratiques de contournement et alimenter les circuits informels, au détriment à la fois des recettes publiques et des politiques de santé publique.
À la dimension fiscale s’ajoute une préoccupation majeure de santé publique. Présente dans les discussions, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a rappelé le lourd bilan humain associé au tabagisme.
Selon l’organisation, le tabac est responsable de plus de 7 millions de décès chaque année dans le monde, dont environ 1,6 million liés à l’exposition à la fumée secondaire.
Face à cette situation, l’OMS encourage notamment les États à renforcer la taxation des produits du tabac, à améliorer leur traçabilité et à orienter une partie des recettes fiscales générées vers le financement des systèmes de santé.
Cette approche place ainsi la fiscalité au croisement de plusieurs enjeux : réduction de la consommation, protection des populations, lutte contre le commerce illicite et accroissement des ressources publiques.
Les travaux engagés à Conakry doivent permettre aux différents acteurs de dégager des pistes communes pour faire évoluer le cadre fiscal communautaire. L’ambition affichée est de parvenir à un dispositif davantage harmonisé entre les États membres, suffisamment robuste pour répondre aux transformations du marché et plus efficace dans la lutte contre les pratiques illicites.

Pour la Guinée, cette réforme constitue également une opportunité de renforcer l’intégration régionale autour de politiques fiscales convergentes, tout en conciliant impératifs de santé publique, mobilisation des recettes et financement du développement.
Au-delà de la révision d’un texte communautaire, les discussions de Conakry pourraient ainsi poser les bases d’une nouvelle approche régionale de la fiscalité du tabac, à la hauteur des défis sanitaires, économiques et réglementaires auxquels la CEDEAO est aujourd’hui confrontée.
Hawa Thiam








