À deux semaines des élections législatives et communales du 31 mai 2026, l’Observatoire National Autonome de Supervision des Élections (ONASURE) affine son dispositif de contrôle du processus électoral. Réunis à Kindia depuis le 15 mai autour d’un atelier de formation placé sous le thème : « Le contrôle et la supervision des opérations électorales au cœur d’une élection consensuelle et apaisée », superviseurs, représentants institutionnels et acteurs de la gouvernance électorale ont été outillés sur les mécanismes de supervision et d’observation du scrutin.
Cette session de renforcement des capacités, organisée à l’intention des superviseurs de l’institution, a également enregistré la participation de représentants de la Direction générale des élections (DGE), de la Haute Autorité de la Communication (HAC), d’organisations de la société civile ainsi que de partenaires internationaux. L’objectif affiché est de consolider les compétences opérationnelles des agents déployés sur le terrain en matière de collecte d’informations, de traitement des données et de suivi du processus électoral.
Prenant la parole devant les participants, le deuxième rapporteur chargé des opérations de l’ONASURE, Ibrahima Khalil Bamba, a longuement détaillé les sept piliers fondamentaux sur lesquels repose le dispositif de supervision de l’institution.
D’entrée, il a rappelé que l’architecture de l’ONASURE repose avant tout sur un socle juridique solide.
« Le premier pilier dont dispose l’ONASURE, c’est le pilier juridique qui est la loi 012, avec un mandat clair et des attributions bien définies. Il y a eu aussi le Code électoral, et la Constitution, même si on remonte plus haut, divers décrets et arrêtés sur lesquels l’ONASURE se fonde pour conduire sa mission. Le second pilier, c’est qu’il fonde son travail sur un cadre opérationnel. Maintenant que la loi nous a donné le mandat à préciser le périmètre d’action, il faut qu’il y ait un outil d’orientation stratégique et opérationnelle. Et l’ONASURE s’en est doté. On appelle ça le plan d’action général de supervision de l’ONASURE. Dans ce plan, toutes les étapes de la supervision, tous les outils, les éléments, les approches et les méthodes sont clairement indiquées à différents stades du cycle du processus électoral. Le troisième pilier, c’est des ressources humaines. Pour faire de la supervision, on a besoin de superviseurs, et l’ONASURE a un réseau de superviseurs, au nombre de 600 maintenant, qui font le travail de supervision sur l’ensemble du territoire national et dans les 34 représentations diplomatiques du pays. C’est-à-dire à l’extérieur. Ces superviseurs sont choisis sur la base de critères objectifs et rigoureux. Le premier critère, c’est la localité. On ne va pas parachuter un superviseur de Conakry pour aller superviser à Mamou. Si tu es superviseur de l’ONASURE et que tu dois superviser à Mamou, tu es recruté à Mamou. Il y a le critère de l’intégrité et de la neutralité. Si tu es superviseur de l’ONASURE, tu ne peux pas être engagé à quelque niveau que ce soit dans la compétition électorale, soit comme délégué d’un parti politique, observateur pour n’importe quelle mission d’observation électorale internationale ou nationale, ou bien, en tout cas, tu ne peux pas être engagé à quelque titre que ce soit. Tu n’es qu’un superviseur de l’ONASURE. Il y a aussi la maîtrise et le maniement de nos propres outils. Nous travaillons avec des tablettes, il y a des formulaires à remplir, il y a des formulaires de collecte. Si vous ne pouvez pas manier, un temps soit peu, cet outil-là, vous ne pouvez pas être superviseur », a expliqué Ibrahima Khalil Bamba .

Poursuivant son intervention, le responsable des opérations de l’ONASURE a insisté sur l’importance du système numérique de collecte et d’analyse des données, considéré comme le quatrième pilier du dispositif institutionnel.
« Le quatrième pilier sur lequel l’institution d’observation et de supervision des élections se base pour faire son travail, est le système de collecte et d’analyse des données. Ce système est composé d’outils. Ces outils-là, ce sont des outils de collecte des données sous forme de fiches ou de formulaires standardisés qui permettent de collecter des informations sur les différentes étapes du vote : l’ouverture, le déroulement et la période de dépouillement et de centralisation jusqu’à la transmission. Donc, ces outils, au-delà des fiches et des formulaires, nous avons une plateforme numérique qui est l’interface via laquelle transitent toutes ces données de supervision que nos superviseurs remontent. Et ces données sont recueillies, traitées et analysées avant d’être consolidées en temps réel. Toutes ces données arrivent en temps réel. C’est-à-dire, au moment où les superviseurs sont en train de collecter, de remplir, de superviser l’ouverture, si un superviseur dit par exemple que 10 superviseurs font part du respect de l’ouverture, de l’heure d’ouverture, en temps réel, nous pouvons voir combien de bureaux sur l’étendue du territoire ont ouvert à l’heure réglementaire. Ça vient en temps réel. Au-delà de ce système de traitement composé des outils de collecte et de l’interface de stockage, de traitement et de consolidation des données, il y a aussi la coopération interinstitutionnelle qui permet à l’ONASURE de faire sa supervision, parce que le mandat de l’ONASURE porte sur l’ensemble du processus. Ce n’est pas seulement le scrutin, c’est l’ensemble du processus électoral, donc de l’enrôlement jusqu’à la proclamation des résultats. Pour ce faire, nous interagissons avec toutes les institutions d’appui à la gouvernance électorale prévues dans le cadre juridique : la DGE en priorité, la HAC, le MATD, les missions d’observation internationales et nationales, ainsi que d’autres acteurs comme les forces de défense et de sécurité et la société civile également. Le sixième pilier, c’est le renforcement des capacités. Nous sommes à présent dans un exercice de renforcement des capacités, parce que chaque scrutin peut avoir des spécificités. Et donc, à chaque fois, il y a besoin soit d’une mise à niveau de nos superviseurs sur les outils, les changements et les innovations par rapport aux spécificités liées au scrutin qui doit être supervisé ou au processus qui doit être supervisé. Quand la DGE doit fixer, par exemple, le montant des cautions, l’ONASURE fait partie, à travers ses conseillers représentants, de ce processus. Donc, nous sommes là. Nous sommes là où ça se passe. Donc, nous supervisons, soit directement, soit indirectement. Quand la DGE met en place la commission de réception et de validation des candidatures, l’ONASURE est également présente. Quand la HAC fait le tirage au sort et l’ordre de passage des candidats dans les médias, l’ONASURE se trouve aussi à ce niveau pour nous permettre de collecter le maximum d’informations sur toutes les étapes. »
Évoquant enfin le dernier maillon du dispositif, Ibrahima Khalil Bamba a mis en avant le rôle stratégique du rapportage dans l’évaluation globale du scrutin.

« Enfin, le septième pilier est le rapportage. Une fois qu’on a formé les gens, qu’on les a dotés des outils, qu’on a collecté les informations, l’interface nous permet d’avoir en temps réel toutes ces données qui sont traitées et consolidées. L’objectif et la finalité, c’est que ces données nous permettent d’alimenter le rapport général de supervision que l’ONASURE, dont l’élaboration et le dépôt incombent à l’ONASURE, transmet auprès du juge électoral, à savoir la Cour suprême. C’est ainsi que se présente, grosso modo, le dispositif de supervision. Donc, il y a les fondements juridiques qui sont hyper importants. Tout ce que l’ONASURE fait est empreint de cette orientation fixée par les lois et les règlements. Ce sont ces éléments qui nous permettent d’affirmer, in fine, que le scrutin ou le processus est conforme. Conforme à quoi ? À la législation qui régit le processus, conforme également aux standards et normes internationales universellement admises en matière de supervision et d’observation », a-t-il conclu.

L’atelier de Kindia, qui s’est achevé ce samedi 16 mai 2026, marque ainsi une étape importante dans les préparatifs institutionnels liés aux élections législatives et communales à venir. À travers cette montée en puissance de ses capacités techniques et opérationnelles, l’ONASURE entend jouer pleinement son rôle dans la consolidation de la transparence, de la crédibilité et de l’apaisement du processus électoral en Guinée.
Abdoulaye Bouka Barry

