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Guinée

49 ans de la RTG : le technicien historique d’Ahmed Sékou Touré Sekou Siby  tire la sonnette d’alarme sur la formation des jeunes

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Le 14 mai 1977 reste une date gravée dans l’histoire audiovisuelle de la Guinée. Né de la coopération entre la République de Guinée et la Jamahiriya arabe libyenne de feu Muammar Gaddafi, la Radiotélévision guinéenne, Radiotélévision guinéenne, célèbre ce jeudi 14 mai 2026 son 49e anniversaire. Près d’un demi-siècle après sa création, la RTG demeure un pilier incontournable de l’information, de l’éducation et du divertissement pour des millions de Guinéens.

À l’occasion de cette célébration, RTGGUINEE.info est allé à la rencontre d’un témoin privilégié de cette aventure médiatique : Elhadj Sékou Siby. Technicien de formation, il fait partie des tout premiers agents de la RTG et demeure surtout l’homme qui installa la toute première télévision du feu Président Ahmed Sékou Touré.

Avec près de cinquante années de carrière au sein du média d’État, cet homme à la mémoire intacte raconte, avec émotion et fierté, les premiers pas de la télévision nationale, mais aussi les profondes mutations technologiques qu’a connues la RTG depuis l’époque du noir et blanc jusqu’à l’ère du numérique.

« J’ai personnellement installé la télévision du Président Ahmed Sékou Touré »

Dans un récit empreint de nostalgie, Elhadj Sékou Siby replonge dans les débuts d’une télévision encore balbutiante dans une Guinée où la RTG détenait alors le monopole absolu de l’audiovisuel.

« En 1977, il n’existait aucun autre média que la RTG. L’État détenait le monopole de la commande des téléviseurs, de leur installation et de leur réparation. Nous sortions fraîchement de l’université lorsque nous avons commencé ce travail. À l’époque, nous n’étions que cinq techniciens dans toute la ville de Conakry : Lamine Komah, Charles Mao André, Elhadj Bakaye Diaby, Saliou Camara et moi-même. Nous travaillions du matin au soir, sans repos. Le Président Ahmed Sékou Touré voulait que chaque citoyen regarde la RTG. C’est ainsi qu’il avait offert des téléviseurs à de nombreuses familles. À cette époque, un téléviseur coûtait 19 000 sylis. Personnellement, j’ai installé la télévision du feu Président Ahmed Sékou Touré », se souvient-il.

À travers ce témoignage, c’est toute une époque qui ressurgit : celle d’une télévision naissante, porteuse du discours officiel, mais également symbole de modernité dans une Guinée encore peu familiarisée avec les technologies audiovisuelles.

De l’analogique au numérique : le regard d’un vétéran de la RTG

Toujours actif derrière sa caméra, Elhadj Sékou Siby exerce aujourd’hui comme formateur au Centre de formation et de perfectionnement en techniques de l’information et de la communication. Avec le recul de plusieurs décennies de pratique, il observe avec satisfaction l’évolution technique de la RTG, qu’il considère comme une institution ayant su s’adapter aux mutations technologiques.

« Dix ans après la fermeture des entreprises sous le régime du Président Lansana Conté, nous nous sommes retrouvés à la RTG puisque nous dépendions du ministère de l’Information et de la Communication. Pour les besoins du service, nous avons été affectés au montage. Personnellement, j’ai passé dix ans au montage. Lorsque la miniaturisation des équipements a commencé, j’ai été envoyé en stage aux États-Unis, à San Francisco. À mon retour, j’ai demandé à rejoindre le service caméra, car cette évolution technologique y était déjà avancée depuis les années 1990. Depuis plus de vingt ans maintenant, je travaille à la caméra. Fêter aujourd’hui l’anniversaire de la RTG représente un immense souvenir pour moi. Je constate que la RTG suit l’évolution de la technique et de la technologie. Nous sommes passés du noir et blanc à la couleur, puis de l’analogique au numérique. L’analogique appartient désormais au passé. Nous avons commencé le numérique avec les digicams au début des années 2000 et aujourd’hui nous travaillons avec les cartes mémoire. Demain, les téléphones remplaceront probablement encore une partie de ces équipements. Nous sommes obligés de suivre cette évolution numérique. Avec l’arrivée des télévisions privées, nous pouvons également nous réjouir, même si la RTG reste la maison mère, car la majorité des professionnels des médias privés sont passés par ici », affirme-t-il avec fierté.

À travers ses propos, se dessine l’image d’une RTG qui, malgré les difficultés structurelles et matérielles, continue d’assurer son rôle de référence dans le paysage médiatique guinéen.

« Les jeunes sont engagés, mais ils manquent de formation »

Si Elhadj Sékou Siby salue les progrès technologiques enregistrés par la RTG, il se montre toutefois préoccupé par l’insuffisance de formation des jeunes professionnels des médias. Pour ce vétéran de l’audiovisuel guinéen, l’avenir de la télévision nationale dépend avant tout du renforcement des compétences humaines.

« Le métier du journalisme évolue à une vitesse impressionnante. C’est pourquoi la nouvelle génération doit absolument s’intéresser à la formation. Mais je constate aujourd’hui que beaucoup de jeunes ne donnent pas suffisamment d’importance à cet aspect. Prenons l’exemple du métier de cameraman : on peut apprendre à filmer sans forcément passer par une école, mais les caméras évoluent constamment. Si vous n’êtes pas formé, vous serez rapidement dépassé. Je souhaite que les autorités fassent de la formation des jeunes de la RTG une priorité. Après cinquante ans d’existence, nous ne disposons toujours pas d’experts dans tous les services. Souvent, lorsqu’un agent commence à progresser, il est freiné. Il faut envoyer les travailleurs en formation. La nouvelle génération doit dépasser la peur ou la honte d’apprendre davantage. Même la coopération Sud-Sud peut être une solution. Nous pouvons envoyer des jeunes au Mali, en Côte d’Ivoire ou au Sénégal, des pays qui ont amorcé le numérique avant nous. Les jeunes sont engagés, mais ils manquent de moyens et d’opportunités pour se former », recommande-t-il.

À bientôt 50 ans d’existence, la RTG continue ainsi de porter l’histoire audiovisuelle de la Guinée à travers plusieurs générations de professionnels. Et parmi ces pionniers figure désormais une mémoire vivante : Elhadj Sékou Siby, témoin privilégié d’une aventure médiatique commencée en 1977, au moment où la télévision faisait ses premiers pas dans les foyers guinéens.

Bouka Barry_Hawa Thiam

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