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Internet haut débit : la Guinée scelle un accord stratégique pour un second câble sous-marin et accélère sa souveraineté numérique

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La Guinée franchit une nouvelle étape majeure dans la consolidation de son infrastructure numérique. Treize ans après l’atterrissement de son premier câble sous-marin ACE, le pays s’engage désormais dans la réalisation d’un second système de connectivité internationale. Ce mercredi 06 mai 2026, le gouvernement, à travers le ministère de la Communication, de l’Économie numérique et de l’Innovation, a procédé à la signature d’un accord de construction et de maintenance du câble sous-marin MEDUSA West Africa.

Une initiative stratégique qui s’inscrit dans la volonté des autorités de doter la Guinée d’infrastructures numériques modernes, résilientes et souveraines. À la clé : une meilleure qualité de connexion, une accessibilité accrue au haut débit, mais surtout une réduction significative de la dépendance à une infrastructure unique.

Un choix stratégique pour sécuriser l’avenir numérique

Au-delà de l’aspect technique, ce projet est présenté comme un levier de transformation économique. Il permettra de sécuriser durablement la connectivité internationale du pays et de stimuler l’économie numérique ainsi que l’innovation.

Pour les autorités comme pour les acteurs techniques, la signature de cet accord marque un tournant.

Le directeur général de la GUILAB, Ahmed Karifa Diawara, a pris un engagement fort à cette occasion.

« Je vais prendre en ce jour solennel, un engagement clair. La GUILAB, en sa qualité de signataire national du contrat de construction et de maintenance, sous l’autorité de monsieur le ministre de la Communication, de l’économie numérique et de l’innovation, mettra toute son expertise, toute sa rigueur et toute sa détermination en faveur de l’atterrissement du prochain câble sous-marin en Guinée.Nous tirerons les leçons de plus d’une décennie de gestion du câble sous-marin ACE. Nous mobiliserons les compétences guinéennes. Nous travaillerons main dans la main avec le constructeur, avec l’Autorité de Régulation, avec les opérateurs et avec l’ensemble de l’écosystème numérique pour que ce câble, demain, soit un instrument au service de tous. A travers ce projet stratégique du programme SIMANDOU 2040, nous connectons aujourd’hui la Guinée à son propre avenir », a-t-il rassuré.

MEDUSA, un écosystème de connectivité de nouvelle génération

Porté par AFR-IX Telecom, groupe spécialisé dans les infrastructures critiques présent dans plus de 50 pays, le système MEDUSA ambitionne de renforcer les liaisons numériques entre l’Europe du Sud et l’Afrique du Nord, tout en étendant un câble vers la façade atlantique de l’Afrique de l’Ouest.

Selon Damien Bertrand, Chief Operating Officer de MEDUSA Submarine Cable System, le projet repose sur une vision de long terme et une coopération internationale structurée.

Il souligne trois axes fondamentaux :« Le premier, c’est la résilience. La connectivité est une infrastructure critique, non optionnelle. La diversification des routes réduit les risques et garantit la continuité des services numériques. Plus de routes, cela signifie que les réseaux sont plus solides et plus sûrs. Deuxièmement, l’accès ouvert. L’infrastructure est en accès ouvert, c’est une plateforme neutre pour les opérateurs, pour les écosystèmes, ce qui va favoriser la concurrence et l’innovation. Troisièmement, MEDUSA, c’est un partenariat. MEDUSA Africa est un système construit grâce à la coopération entre diverses parties, les gouvernements, les institutions et le secteur privé. Comme institution, je voudrais souligner le soutien européen et américain pour le projet. MEDUSA Africa est pleinement alignée avec cette vision du programme Simondou 2040, qui reconnaît qu’aucune croissance économique durable ne peut exister sans une infrastructure numérique solide. Aux côtés des chemins de fer, des ports et des zones industrielles, la connectivité devient un atout stratégique pour libérer tout le potentiel de la Guinée et l’atterrissage à Conakry sera une étape clé ».

Une réponse à la saturation des infrastructures existantes

Pour le ministre de la Communication, de l’Économie numérique et de l’Innovation, Mourana Soumah, ce second câble répond à une urgence structurelle.

« Le projet MEDUSA s’inscrit pleinement dans cette dynamique. Il est l’un des tout premiers jalons concrets de cette volonté d’aller plus vite, plus loin et avec plus d’impact. Aujourd’hui, la connectivité internationale de la Guinée repose essentiellement sur une seule infrastructure qui est utilisée, qui est quasiment saturée. Dans le même temps, la demande des données augmente de plus de 30% par rapport au continent africain. Dans notre pays, les usages explosent. Cela a été dit, les services financiers, digitaux, les plateformes numériques, l’administration en ligne, contenu, éducation à distance, etc. La question est donc : pouvons-nous soutenir une telle dynamique avec un seul point d’accès au monde ? On dirait que la réponse est non. C’est précisément là que se situe l’enjeu du projet MEDUSA. En dotant la Guinée d’un second câble sous-marin, nous faisons un choix stratégique. Nous décidons de sécuriser notre connectivité, de renforcer notre résilience et surtout de créer les conditions d’une montée en puissance de notre économie numérique, qui va impacter forcément sur l’économie réelle, puisque cette économie réelle va dépendre en grande partie de notre capacité à nous connecter au reste du monde », a-t-il expliqué.

Le ministre a également rappelé l’impact macroéconomique du numérique, citant plusieurs études internationales.

« Les études internationales démontrent qu’une augmentation de 10% de la pénétration du haut débit peut générer un ou deux points de croissance supplémentaires du PIB », a-t-il indiqué.

Comparant la Guinée à d’autres économies africaines, le ministre Mourana Soumah ajoute :« Cela veut dire que l’économie numérique devient aujourd’hui une nécessité. Certains pays, comme la Chine, disposent de 50% du PIB, 14% pour la Côte d’Ivoire et 12% pour le Sénégal. La Guinée en a 4. Cela veut dire qu’on a beaucoup de marges, mais il n’y a pas d’économie numérique sans infrastructures numériques. Donc, MEDUSA s’inscrit bien dans ce cadre pour réduire tous ces facteurs risques. Cela crée plus d’opportunités. C’est aussi la capacité pour notre pays, pour notre système financier de fonctionner de manière plus fluide et plus sécurisée, pour notre administration de se digitaliser, pour nos entrepreneurs de se connecter au marché international et pour notre pays de se positionner comme une destination crédible pour les investissements numériques », a rassuré M. Soumah.

Un appel à accélérer davantage les infrastructures numériques

Présidant la cérémonie, le Premier ministre a salué cette avancée tout en appelant à une vision encore plus ambitieuse.

« Deux câbles, ce n’est pas suffisant. On ne dit jamais deux sans trois. D’ores et déjà, il faut penser à un troisième. C’est une question de sécurité nationale. Et c’est une urgence, surtout dans ce monde qui est de plus en plus particulièrement perturbé et dangereux », a martelé le chef du gouvernement.

Revenant sur la vision globale du développement, il a ajouté :« Nous avons une population qui est en train de croître. Le président de la République a de fortes ambitions pour ce pays. Nous avons brisé un premier plafond de verre qui est le Simandou. Mais on ne s’arrête pas à cela. Cela, c’est simplement un déclencheur d’un nouveau processus. »

Un retard historique assumé et analysé

Le Premier ministre est également revenu sur les raisons du retard accusé par la Guinée dans le développement de ses infrastructures numériques :

« Il y a 13 ans, le premier câble est venu. Après combien d’années de retard ? Vous savez pourquoi la Guinée a eu ce retard ? C’est parce que, lorsque le premier câble devait passer à Conakry, ils ont fait peur au président Conté en disant que cela va nous faire perdre notre souveraineté nationale (…). Et il fallait payer 10 millions de dollars. Et la somme, 10 millions de dollars à l’époque, certains ont estimé que, pourquoi payer 10 millions de dollars pour quelque chose qui n’a pas d’intérêt. Et pourtant, c’était des responsables, a priori, ouverts sur les réalités du monde, mais qui n’ont pas eu, disons, ce sens d’humilité d’abord, parce que si on ne connaît pas, on essaie de s’informer. On essaie de voir ce que font les autres. Les autres ne feront jamais quelque chose parce que c’est inutile, c’est parce que c’est utile, rentable et anticipateur », a-t-il rappelé.

Il poursuit avec une lecture critique des pertes économiques engendrées.

« Mais on a perdu du temps. Ces 10 millions de dollars nous ont fait perdre beaucoup d’opportunités qui auraient pu générer des millions et des millions de dollars, voire même des centaines de millions de dollars. Bref, c’est pour dire que dans le monde actuel, les choses vont tellement vite. Le sens de responsabilité d’un gouvernement, c’est de ne pas se limiter, à titre individuel, à ce qu’on conçoit. Le monde de demain est tellement changeant, de manière tellement rapide que même l’intelligence au niveau individuel paraît presque insuffisante pour envisager le futur. »

Avec MEDUSA West Africa, la Guinée pose ainsi un nouveau jalon de son ambition numérique, entre souveraineté technologique, intégration économique et ouverture internationale.

Abdoulaye Bouka Barry

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