Devant une salle attentive, dans un climat judiciaire à forte charge politique, le procureur général près la Cour de répression des infractions économiques et financières (CRIEF), Alphonse Charles Wright, a réaffirmé avec vigueur un principe fondamental : nul n’est au-dessus de la loi. Une déclaration qui intervient au moment où Aly Badra Koné, ancien président de la délégation spéciale de Matam, comparaît pour des faits présumés de grande délinquance économique.
Dans cette affaire emblématique, où se mêlent enjeux judiciaires et résonance politique, le magistrat n’a laissé aucune place à l’ambiguïté. D’emblée, il a tenu à rappeler que l’engagement politique ne saurait constituer un refuge face à la justice.
« On ne se sert pas d’un parti politique pour échapper à ses responsabilités. Votre engagement politique ne saurait vous soustraire à la justice. Même si vous êtes le président de l’institution parlementaire en devenir, vous serez poursuivi jusqu’au bout si les faits sont avérés », a martelé Alphonse Charles Wright, dans une adresse directe au prévenu.
À travers cette sortie, le procureur général de la CRIEF entend poser les jalons d’une justice affranchie de toute pression et déterminée à aller jusqu’au terme des procédures, quelles que soient les fonctions ou ambitions des personnes mises en cause.
Au cœur du dossier, des accusations d’une gravité exceptionnelle. Selon l’acte d’accusation, l’État guinéen, représenté par l’Agent judiciaire de l’État, poursuit Aly Badra Koné aux côtés de plusieurs coaccusés, dont Abass Keïta, Diarra Moustapha Sanoh, Zahraa Makdisi, Mohamed Lamine Doumbouya, Fodé Fatoumata Camara, Said Elmi Kelhiye, ainsi que des entités telles que les sociétés B&B BTP SARL, SOCOBA SARL et FANKOU Construction.
Les charges retenues sont lourdes et multiples : détournement de deniers publics, corruption d’agents publics, faux et usage de faux en écritures publiques, escroquerie, prise illégale d’intérêts, conflit d’intérêts, enrichissement illicite, blanchiment de capitaux et complicité.
Dans le détail, le juge Alpha Camara a rappelé au prévenu l’ampleur des faits qui lui sont reprochés, notamment le détournement présumé, en février 2021, d’un montant colossal de 240 milliards de francs guinéens.
Au-delà du cas individuel, ce procès s’inscrit dans une dynamique plus large de moralisation de la gestion publique et de lutte contre l’impunité. Il constitue, pour de nombreux observateurs, un test majeur pour la crédibilité des institutions judiciaires du pays.
En affichant une posture résolument inflexible, la CRIEF envoie un signal fort : la justice guinéenne entend désormais s’exercer sans distinction de statut, ni considération politique. Une ligne de conduite qui pourrait marquer un tournant décisif dans la gouvernance et la reddition des comptes en Guinée.
Hawa Thiam

