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Guinée

Devises minières : Conakry serre la vis et impose jusqu’à 70 % de rapatriement des recettes d’exportation

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Dans un contexte mondial marqué par des turbulences économiques persistantes, les autorités guinéennes durcissent leur position face aux opérateurs du secteur minier. Réunis à Conakry sous l’égide de la Chambre des Mines de Guinée, les principaux acteurs ont été sommés de se conformer strictement aux obligations de rapatriement des devises issues des exportations.

La rencontre, initiée par le ministre des Mines et de la Géologie, Bouna Sylla, a enregistré la présence de la ministre de l’Économie et des Finances, Mariama Ciré Sylla, ainsi que du gouverneur de la Banque Centrale de la République de Guinée (BCRG), Karamo Kaba.

Dès l’ouverture des travaux, le ministre des Mines a rappelé le cadre réglementaire en vigueur, qui impose aux sociétés minières de rapatrier au moins 50 % de leurs recettes d’exportation via les banques locales. Un seuil, a-t-il déploré, encore loin d’être respecté par plusieurs entreprises du secteur.

« Il y a eu beaucoup de réunions de concertation autour de ce sujet […] Mais ces niveaux n’ont pas été atteints par tout le monde. Aujourd’hui, avec le contexte international difficile […] il est urgent et impératif que les acteurs du secteur minier contribuent à aider l’État à relever ce défi », a déclaré Bouna Sylla.

Face à ces insuffisances, le gouvernement a décidé de franchir un cap en relevant le seuil de rapatriement de 50 % à 60 %, voire 70 % selon les cas. Cette mesure s’accompagne d’un arsenal de dispositions contraignantes, parmi lesquelles :

l’obligation de soumettre les exportations aux formalités DDI-DDE ;

le passage systématique des opérations d’exploitation (OPEX) par les banques locales ;

le règlement en devises de certaines transactions effectuées sur le territoire national.

Ces mesures visent à renforcer les réserves de change du pays et à améliorer la traçabilité des flux financiers générés par le secteur minier, pilier de l’économie guinéenne.

De son côté, le gouverneur de la BCRG, Karamo Kaba, a salué les efforts déjà consentis par les entreprises minières, tout en appelant à une intensification du rapatriement des devises.

« Aujourd’hui plus qu’hier, ces efforts […] doivent être renforcés, améliorés et respectés », a-t-il insisté, en dressant un état des lieux du niveau de conformité par société.

Prenant acte de ces nouvelles orientations, les opérateurs miniers ont exprimé plusieurs préoccupations, notamment en ce qui concerne le remboursement des crédits TVA, le suivi des cargaisons, la certification des bilans sociaux et le poids des redevances administratives.

Le président de la Chambre des Mines a résumé leur position en ces termes.

« Si ces préoccupations sont réglées, les miniers ne s’opposent pas au rapatriement des devises. Nous voulons que la Guinée soit fière de ses sociétés minières. »

En réponse, la ministre de l’Économie et des Finances a salué la qualité du dialogue engagé, tout en rappelant le caractère impératif du respect de la réglementation.

« Nous apprécions la contribution remarquable du secteur minier […] mais il est impératif que les acteurs se conforment à la loi. Ces ressources doivent permettre d’améliorer les conditions de vie de nos populations », a affirmé Mariama Ciré Sylla.

Elle a également annoncé des mesures visant à apurer les arriérés de crédits TVA et à accélérer la digitalisation des procédures de remboursement, afin de répondre aux préoccupations des entreprises.

« Nous vous assurons de la détermination du gouvernement à créer les conditions idoines pour faire du secteur minier un partenaire stratégique, dans un esprit gagnant-gagnant », a-t-elle ajouté.

À l’issue des échanges, la Chambre des Mines de Guinée et la BCRG ont été mandatées pour élaborer un cadre concerté entre l’État, la banque centrale et les opérateurs miniers. L’objectif est de garantir une application effective et rapide de la réglementation sur le rapatriement des devises.

Hawa Thiam

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