La question sensible du rapatriement des ressortissants guinéens depuis l’Allemagne prend une nouvelle tournure diplomatique. Reçu en audience, le chargé d’affaires de l’ambassade d’Allemagne en Guinée a été interpellé par le ministre des Affaires étrangères, Dr Morissanda Kouyaté, qui a exprimé la vive préoccupation des autorités face aux conditions de retour de certains compatriotes.
Au cœur des échanges : le respect de la dignité humaine. Le chef de la diplomatie guinéenne a insisté sur la nécessité de préserver l’intégrité physique et morale des citoyens concernés, évoquant des informations alarmantes faisant état de rapatriés arrivés au pays dans un état de santé préoccupant.

Sans éluder la responsabilité juridique de l’État, Dr Morissanda Kouyaté a rappelé que l’accord encadrant ces expulsions a été signé en 2018, sous le régime déchu le 5 septembre 2021. Il a toutefois tenu à marquer une distance politique avec cette décision.
« C’est l’accord-là qui engage le gouvernement parce que c’est signé par un gouvernement qui était là avant nous. C’est la continuité. Mais si nous, nous étions là, nous ne l’aurions pas signé. Nous ne l’aurions pas signé. Mais ça a été signé en 2018, avant nous. Nous endossons les conséquences. Mais nous tenons à ce que la dignité des Guinéens soit respectée. Aujourd’hui, nous avons une réaction de nos compatriotes qui viennent et qui nous donnent des informations selon lesquelles ils sont très malades. Nous tenons à la partie positive de notre coopération. Et ensemble, nous devons nous battre pour que la partie toxique de notre coopération soit totalement enlevée, pour que cette coopération continue avec nous. C’est dans ce cadre-là que je vous ai invités à venir. Et comme ça, nous allons travailler ensemble pour faire cette enquête et tirer les leçons. »
Par ces propos, le ministre affirme une ligne claire : assumer la continuité de l’État tout en dénonçant ce qu’il considère comme les effets pervers d’un accord hérité. L’objectif affiché est d’assainir la coopération bilatérale, en expurgeant les pratiques jugées attentatoires aux droits et à la dignité des Guinéens.

Dans l’immédiat, le processus de rapatriement devrait observer une pause. Une commission conjointe sera mise en place afin d’examiner les allégations relatives aux conditions de retour et de formuler des recommandations. Conakry entend ainsi faire toute la lumière sur ces opérations et redéfinir, si nécessaire, les termes de sa collaboration avec Berlin.
Au-delà du cadre strictement migratoire, cette séquence diplomatique révèle une volonté des autorités guinéennes sous la direction du Président Mamadi Doumbouya de rééquilibrer leurs partenariats internationaux, en plaçant la protection de leurs ressortissants au centre des priorités.
Abdoulaye Bouka Barry

