« La justice n’appartient pas à un homme, elle appartient à la République, elle appartient au peuple. » C’est par cette déclaration forte que le nouveau ministre de la Justice et des Droits de l’Homme, Ibrahima Sory II Tounkara, a marqué sa prise de fonctions ce mercredi 04 février 2026, à Conakry.
La Chancellerie a servi de cadre à la cérémonie solennelle de passation de charges entre le ministre sortant, Yaya Kaïraba Kaba, et son successeur. La rencontre, présidée par le ministre Secrétaire général du Gouvernement, Tamba Benoît Kamano, a consacré l’entrée en fonction du premier Garde des Sceaux de la Cinquième République.
Dans son allocution, Tamba Benoît Kamano a salué le travail accompli par le ministre sortant, soulignant une avancée institutionnelle majeure : « La dotation de la Guinée en sceaux officiels de la République, une première depuis l’indépendance. Un acte symbolique fort, témoignant selon lui de la volonté de restaurer l’autorité et la crédibilité de l’État à travers la justice. »
Prenant la parole à son tour, Yaya Kaïraba Kaba, salué par son successeur comme le « deuxième véritable ministre de la Justice », a dressé le bilan de son passage à la tête du département. Il a mis en avant la rénovation de plusieurs maisons centrales, la construction de nouvelles infrastructures pénitentiaires et les efforts engagés pour améliorer les conditions de détention, contribuant ainsi à redorer l’image du système carcéral guinéen.
Magistrat chevronné et figure emblématique de la justice guinéenne, notamment pour avoir présidé le procès historique des événements du 28 septembre 2009, Ibrahima Sory II Tounkara arrive à la tête du département avec une vision clairement assumée. Pour lui, la justice constitue le socle de l’État :
« Lorsqu’elle est forte, la nation est stable ; lorsqu’elle est crédible, l’État est respecté ; et lorsqu’elle est humaine, le peuple se réconcilie avec ses institutions », a-t-il affirmé.
Le nouveau Garde des Sceaux a tenu à rappeler la neutralité et l’impartialité qui guideront son action :
« La justice n’est ni vengeance ni complaisance. Elle est équilibre, mesure et autorité légitime », a-t-il martelé.
Conscient des défis structurels du secteur surpeuplement carcéral, lenteur des procédures judiciaires, insuffisances organisationnelles, le ministre a décliné une feuille de route articulée autour de cinq piliers stratégiques :
1 : Une politique pénale responsable et humaine : fondée sur le respect des délais légaux et la promotion des alternatives à l’incarcération ;
2 : La dignité carcérale : à travers la lutte contre le surpeuplement et la modernisation de l’administration pénitentiaire ;
3 : La formation : comme levier de réforme, avec un accent sur l’éthique, la déontologie et les droits de l’homme ;
4 : Les droits de l’homme : comme boussole, garantissant la protection des libertés fondamentales et un accès équitable à la justice ;
5 : Une justice de garantie : fondée sur la présomption d’innocence, le droit à un procès public dans des délais raisonnables et l’accès effectif à l’assistance d’un avocat.
En guise de conclusion, Ibrahima Sory II Tounkara a lancé un appel solennel à l’ensemble des acteurs judiciaires et à la nation.
« La justice n’appartient pas à un homme. Elle appartient à la République. Elle appartient au peuple. »
Un message fort qui sonne comme l’acte fondateur d’une nouvelle ère judiciaire en Guinée.
Abdoulaye Bouka Barry

