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Guinée

Primature : pourquoi Doumbouya a misé sur Bah Oury, selon l’analyste N’Faly Guilavogui

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En reconduisant Amadou Oury Bah au poste de Premier ministre, le président de la République, Mamadi Doumbouya, a fait un choix qui dépasse le simple cadre administratif. Pour l’analyste politique N’Faly Guilavogui, cette décision traduit une option stratégique assumée : celle de la continuité, de la stabilité institutionnelle et de la lisibilité de l’action publique dans une phase post-électorale encore sensible.

Selon lui, le Chef de l’État se trouvait à un moment charnière. Au lendemain de son élection, deux voies s’offraient à lui : engager une rupture politique en profondeur ou maintenir l’ossature gouvernementale issue de la transition. 

« Le président Doumbouya a clairement opté pour la continuité stratégique, et non pour un simple ajustement technique », analyse N’Faly Guilavogui.

Dans un pays marqué par près de quatre années de transition politique, la reconduction d’Amadou Oury Bah apparaît, aux yeux de l’analyste, comme un facteur de stabilisation. Elle permet d’éviter une recomposition gouvernementale brutale, susceptible de générer de nouvelles tensions politiques et institutionnelles.

 « Bah Oury a joué un rôle d’équilibriste dans un environnement politique fragile. Son maintien limite les risques d’incertitude au sommet de l’exécutif », souligne-t-il.

Au-delà des considérations internes, cette décision porte également une forte dimension externe. Pour N’Faly Guilavogui, Amadou Oury Bah incarne un visage connu, lisible et rassurant pour les partenaires de la Guinée. Institutions régionales, partenaires techniques et financiers, acteurs diplomatiques : tous retrouvent un interlocuteur identifié, gage de continuité et de prévisibilité. Un élément d’autant plus important que le pays doit encore organiser des élections législatives et locales, avec l’accompagnement indispensable de ses partenaires internationaux.

Autre paramètre déterminant : la maîtrise des équilibres institutionnels. Le président Doumbouya aurait fait le choix d’un exécutif déjà aguerri aux mécanismes du pouvoir, notamment aux relations complexes entre civils et militaires.

 « Nous sommes dans une phase post-électorale qui reste délicate. Le pragmatisme politique, l’efficacité et la continuité administrative ont été privilégiés à l’ouverture d’un nouveau cycle de recomposition », explique l’analyste.

Mais cette reconduction n’est pas exempte d’attentes. Pour N’Faly Guilavogui, le maintien d’Amadou Oury Bah à la Primature doit désormais se traduire par des avancées concrètes sur le terrain de la décrispation politique. Issu de l’opposition, le Premier ministre dispose, selon lui, d’un capital politique et d’une expérience susceptibles de favoriser le dialogue entre le pouvoir et les acteurs sociopolitiques.

Parmi les signaux attendus figure notamment la question de la libération ou de la grâce de certains détenus politiques. 

« Un tel geste pourrait contribuer à apaiser le climat politique et à consolider la stabilité sur le long terme », estime-t-il.

L’analyste insiste également sur la nécessité de préserver et renforcer la paix sociale observée ces derniers mois. Il appelle le Chef de l’État à poursuivre la dynamique d’ouverture annoncée, en associant davantage les forces politiques, la société civile, la jeunesse et les femmes à la gouvernance du pays. L’enjeu, selon lui, est de réconcilier l’ensemble des Guinéens, y compris ceux qui sont restés en marge du processus électoral, afin de mobiliser toutes les compétences nationales au service du développement.

Enfin, N’Faly Guilavogui rappelle que la stabilité durable ne peut être garantie sans la mise en place effective des institutions prévues par la Constitution. Il plaide pour le choix de cadres compétents, l’indépendance réelle des institutions et leur dotation en moyens adéquats, afin de rompre définitivement avec les pratiques du passé et les transitions à répétition.

Pour l’analyste politique, la reconduction d’Amadou Oury Bah engage désormais le pouvoir à transformer la continuité politique en résultats tangibles, aussi bien sur le plan institutionnel que sur celui de la réconciliation nationale.

Foulématou Kaba 

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